QU’EST-CE QUE LA CRÉATION RADIOPHONIQUE ?

Julien Sirjacq, Audial Recollection - Ghost Tape II, 2011 (Sérigraphie sur Vinci. 50x65)

Parmi les multiples expériences qui sont indissociables de la part inventive et artistique de la radiophonie - expériences qui vont de sa fabrication à son écoute intime, collective, politique -, celle de la perception est constamment sollicitée. Perception sonore qui traverse le corps, aiguise les sensations, perception sensible qui déroule l’écoute comme une vague ou qui sidère le temps en l’enveloppant d’un bruit hypnotique, perception mémorielle enfin… À tout prendre, je me dis que l’anamnèse, cette figure de la réminiscence qui fait surgir aux portes du présent un événement déjà vécu est aussi une affaire de sonorités, donc d’impressions possiblement radiophoniques. Je me souviens de programmes expérimentaux, perçus la nuit comme autant de visions stellaires qui, entre guitares cristallines, voix basses et bruits improbables, faisaient advenir au monde… Certains sons portent encore en eux le corps de cette mémoire, et demeurent ainsi la plate-forme d’un étrange futur. Expérience précise, dense et ouatée de leur écoute, et, à travers elle, de la perception de temporalités différentes, parfois vécues contradictoirement, qui semblent être l’un des objets et des secrets de la création radiophonique.

Autre fiction : c’est une salle obscure où se produirait une projection de diapositives… Ce dispositif doté d’une aura fragile, archaïque, touchante, ferait se succéder des images censées illustrer une certaine idée de la création, celle qui sans doute mettrait en œuvre l’imaginaire… Et puis la machine optique s’enrayerait et toutes les images s’emballeraient, projetées comme autant de flashes incandescents, comme autant d’images soudain inscrites aux limites du visible, lancées à tombeau ouvert dans un bruit méthodique de carrousel : il n’en resterait qu’une écoute hallucinée… Comme si l’aventure matiériste des sons irriguait aussi le regard.

 

Texte inédit (2008), écrit à l’invitation de Philippe Langlois et de Frank Smith, pour le quarantième anniversaire de l’Atelier de Création Radiophonique de France Culture en 2009.