MICHAEL GORDON TIMBER

On connaît tous Michael Gordon. Fondateur de l’ensemble Bang on a Can, il avait marqué la musique avec Trance qui intégrait mieux que jamais, sauf peut-être Glenn Branca, des sonorités et des arrangements typiquement rock dans la musique contemporaine. On retiendra aussi des grands projets comme le Van Gogh Video Opera, comme Decasia de même que des pièces plus courtes comme Industry.
Michael Gordon est de retour Timber interprétée par l’ensemble Slagwerk Den Haag. La pièce repose sur l’emploi d’un instrument encore peu exploité et inédit chez le compositeur, le two-by-four. D’origine grecque et nommé initialement simantra, cette percussion consiste en une simple planche de bois disposée sur des tréteaux. Iannis Xenakis l’avait utilisé notamment dans son opéra Oresteia (1) basé sur un texte antique d’Eschyle. Instrument réputé à la fois pour sa sonorité chaude et précise, il possède une attaque franche et un très faible sustain. Dans Timber, Michael Gordon exploite à fond les potentialités du two-by-four. Le compositeur parvient par exemple avec seulement 6 simantras – pourtant en soi très élémentaires – à conférer à la pièce un caractère « massif » extraordinaire. Les différentes vagues de rythmes qui se succèdent révèlent également des harmonies uniques.

Comme l’ensemble des pièces de Michael Gordon, Timber n’est pas d’un accès aisé. Certes, l’auditeur sera immédiatement saisi par le caractère fantomatique des harmoniques du bois intriguent d’emblée, mais ça n’est qu’à l’analyse que l’on intègre la réelle complexité de l’œuvre.

Le disque commercialisé par Cantaloupe (2) est un véritable objet. Pour l’occasion – puisque le bois est l’unique matériau déployé ici – il se dote d’une boite de médium taillée au laser, intérieur et extérieur, dans laquelle sont insérés le disque et le livret. L’initiative semble audacieuse commercialement pour un label de musique contemporaine mais les enregistrements de musique « à livret » possèdent d’avantage d’intérêt en soi justement du fait que les informations contenues dans le disque sont nécessaires à la connaissance et à la compréhension de la pièce.
Signalons à ce propos la sortie toute récente de The Sad Park et disponible uniquement en version digitale. L’œuvre est une commande du Kronos Quartet. Cette composition en 4 parties repose sur l’idée d’appréhender le choc de l’attentat du 11 septembre 2001 à travers le regard d’enfants d’une cours de maternelle.

Jérôme Lefèvre

(1) : Iannis Xenakis, Oresteia, 1965, pour chœur d’enfants, chœur mixte jouant d’accessoires musicaux et ensemble de 12 musiciens (vents, percussions et violoncelle), d’après Eschyle. Créé en 1966 et révisée par le compositeur dans les années 90.
(2) : Cantaloupe est un label dédié à la musique contemporaine fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe. Il est également très lié à des musiciens comme Louis Andriessen ou Evan Ziporyn.

Michael Gordon
Timber avec le Slagwerk Den Haag
Cantaloupe, 2011

Michael Gordon
The Sad Park avec le Kronos Quartet
Cantaloupe, 2011

www.cantaloupemusic.com