SUPER REVERB 2

Il serait trop simple de réduire certains albums aux références qu’ils convient et d’en rester à une écoute superficielle qui ferait ranger l’affaire en un clic au fond d’un disque dur et dont la magie de l’aléatoire en extrairait quelques titres çà et là et poserait inévitablement la question : “mais de qui est ce “putain” de morceau” ?. Pour ceux qui ont décidé de ne plus acheter de musique : une version mono K7 est disponible gratuitement sur l’admirable label Les Disques En Rotin Réunis du Super Reverb II des Super Reverb (Michael Beckett ex Schneider ™ et Jürgen de Blonde ex-encore Köhn). Mais au diable les mp3 même si ils sont gratuits et si cette version lowtek reste de qualité, Il faut acheter ce disque en vinyl et en stéréo pour en saisir toute la finesse, laisser se déployer la musique, dépasser la couche supérieure du son, pénétrer dans la noirceur du sillon et la pointe du diamant. Les références sont en effet bien là : rock expérimental shoegaze tendance lysergique sur certains titre, plus électriques sur d’autres, un zeste de synthétique… Le spectre des Spacemen 3 – Sonic Boom, Labradford, Second Layer… allez des stooges –  plane, rôde, grésille aux commissures des enceintes. La sortie ces dernières semaines des albums remasterisés du groupe Loop dont l’éternel Heaven’s End permet de bien recadrer le décors. On est en effet sur le même territoire avec ces mêmes collines qui se répètent à l’infini, des brumes atmosphériques qui laissent pointer quelques rayons de lumières décolorées, des éclairs électriques et quelques coups de tonnerre noyés par l’écho… Mais pas que… Et c’est là où Super Reverb est intéressant : Il donne l’impression de s’être déjà perdu dans ces paysages psychédéliques et d’avoir terminé trop de nuits dans ces contrées hypnotiques… Mais ici on est juste sous la langue de terre, à l’intérieur de l’écorce, dans le faisceau lumineux : sous le décors. Et c’est dans l’assemblage étrange et de guingois de ces morceaux ainsi que dans les dysfonctionnements de genre que la magie opère. Pourquoi dans ce brouillard savamment soufflé par une machinerie contemporaine surgit alors un morceau sorti d’un vieil album de Pavement qui ne veut se terminer ?, pourquoi de minuscules cristaux électroniques viennent dérégler la machine sur un autre ?… Pourquoi finalement sortir un tel album alors que l’on pourrait en recomposer quasi l’intégralité en compilant des morceaux d’autres groupes ? Parce que Super Reverb compose et recompose des gammes, travaille avec classe et respect son sujet, approfondi la matière à la manière d’un instrumentiste classique. Il joue et se fait plaisir, s’octroie la liberté d’expérimenter et de repenser des frontières savamment dessinées et balisées. Entre Différence et répétion le jeu est subtil et chacun se prononcera sur la qualité des variations. On reconnait le lieu mais quelques éléments ont changé et déforment le souvenir ou l’apriori – on pose les premiers pas sur un sentier déjà foulé mais lentement la promenade vacille et l’on ne sait plus où aller. Affaire alors de spécialiste : bien entendu et c’est ce qui compte. On est ici entre puriste et passionné et tout est bon à prendre. Le concept d’originalité et de nouveauté est avant tout marketing. En ces périodes troubles où la technologie offre flux et immédiateté la course à l’évènement ne fait courir que ceux qui cherchent à se démarquer. Les Disques En Rotin Réunis ne participent pas au spectacle ambiant… Ils travaillent à leur rythme et sans rendre de compte. Chaque production a son histoire, chaque disque sa qualité et tous méritent de venir compléter votre collection avec l’assurance d’être écouté… Ainsi tourne régulièrement sur ma platine l’excellent Greeting front nowhereland des non moins excellents musiciens King Kameha & Kouriakin dont les formidables pseudonymes protègent de la facile notoriété deux très bons artistes et musiciens qui préfèrent mettre en valeur – classe oblige – leurs invités de gala au profit d’une visite rock et polaire, urbaine et teintée d’une mélancolie 80 mais au combien juste et nécessaire. Des disques dont la seule limite est leur tirage… N’hésitez pas.
P. Nicolas Ledoux.
SUPER REVERB II
Super Reverb
LDRR#030
2012
tiré à 500 exemplaires/copieshttp://disques.rotin.free.fr/