Golden Hello d’Éric Arlix

Il y a d’abord, dans Golden Hello d’Éric Arlix, le plaisir de trouver un ensemble d’échos ou de citations, au fil d’une écriture simple et tenue, fluide et finalement assez classique dans sa neutralité, qui pourrait procéder de la liste perecquienne, d’une esthétique de la dévastation sociale ou d’un certain goût pour la pop philosophie. Il y ensuite dans ce livre, sillon déjà creusé par l’auteur dans ses précédents ouvrages ou pièces de théâtre, la critique politique du libéralisme, de ses effets lapidaires répétés en toute impunité, une critique conduite par ailleurs avec une telle exhaustivité, et même érudition, qu’elle en deviendrait une critique poétique en soi ! Traité littéraire d’une insurrection continue, contenue, mais encyclopédique et comme hanté par son objet. Et puis, il y a la structure du livre qui impressionne ! On voit alors, ici, l’écrivain à l’œuvre: rompu à la construction narrative, dramaturgique… Cette structure ? Les chapitres, qui sont finalement assez monothématiques (l’entreprise, la publicité, le stress ou la cuisine bio, par exemple), s’imbriquent les uns dans les autres avec une cohérence et une évidence structurelle qui trouvent, précisément dans l’écriture d’Arlix, un style en miroir. En effet, le narrateur garde constamment une même distance à son sujet. Y compris dans des chapitres particulièrement sensibles et difficiles (comme « Une traversée » sur les migrants ou « Un hashtag » sur le Front National) Éric Arlix garde la même tension, et donc distance, à la thématique abordée. C’est assez virtuose, ce rapport style/structure, et l’effet n’en est finalement que plus efficace, et terrible ! Et puis, peut-être, y a-t-il la question sonore… Sa langue et sa scansion très particulière (entre observation, constat et désenchantement du quotidien), renvoient aussi aux concerts-lectures de Golden Hello, sur scène cette fois avec Serge Teyssot-Gay et Christian Vialard, comme si, musicalement, ils se portaient mutuellement et en fusion. Finalement, il n’est pas exclure que, derrière ce livre inventif et politique, se cache aussi, en fait, la question des occurrences actuelles comme de l’oralité du poétique.

Alexandre Castant

Éric Arlix, Golden Hello, Éditions JOU, Alfortville, 2017, 128p, 11€.

http://editionsjou.net/

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