COCOON III

La musique de Cocoon n’existe pas. C’est un état, souvent critique, qui se diffuse dans l’espace, se contorsionne, s’alanguit, se replie ou se déploie. On ne la mémorise pas – elle joue dans l’instant. Elle est là. Le son, dépossédé des images d’un film imaginaire, prend possession de la salle et enveloppe le spectateur aveugle. La séance est en boucle. Le centre invisible de III provient d’une bande sonore écrite pour un projet The Children d’Edward Bond de Bruno Lajara – mais cela n’a pas d’importance car les morceaux ont leur propre existence, leur propre matière, leur propre géométrie – en mouvement. Pour les percevoir Cocoon aka Christophe Demarthe demande à l’auditeur de l’attention, voir de la concentration : celle d’une véritable écoute. Les constructions sont subtiles, les éléments ciselés et fonctionnent par rebonds, échos, apparitions, disparitions. Le travail est à l’intérieur, dans un parcours complexe qui s’étire en une expérimentation sophistiquée dont l’essence première est numérique mais qui s’évapore vers une musique plus savante, parfois classique toujours limpide – faussement glaçante, bercée de reflets éblouissants. On croit déceler des histoires : des micros fictions encapsulées dans la réalité de sons empruntés, volés et détournés mais l’utilisation d’infra-basses artificielles propulsent les pulsations cardiaques dans un corps digital et lointain – cérébral. Le temps est compressé, passé dans de mauvais logiciels… III travaille la lenteur, sculpte une douce torpeur… La répétition est rythmique, les effets à contre sens… On ne cherchera pas de début, ni de fin mais des instants, des pauses et des soufflements. Chacun y laissera une part de soi, une part d’ombre et de lumière, un clair obscur numérique qui appartient au présent, une sombre délicatesse évanouie dans un monde en résolution altérée et dont on ne sait s’il faut en revenir. Un flux et un reflux de mer au bord d’une plage abstraite, construite comme un décors que l’on peut, en une fraction de seconde, retourner et qui devient alors un ciel étoilé basse définition, syncopé. Un disque à écouter au calme, seul et dans la nuit ou au casque, face à un paysage accéléré pendant un voyage en train à grande vitesse. Un disque qui n’en est pas un car la musique de Cocoon n’existe pas…

P. Nicolas Ledoux

 

Cocoon

III

Optical Sound Records
http://optical-sound.bandcamp.com/album/iii-os-053