Des livres à offrir pour les fêtes de fin de l’année, ou quand vous voulez

Les fêtes de fin d’année arrivent, un moment clé pour le monde du livre. Nous vous proposons une sélection d’ouvrages à lire - du conte à la monographie d’artiste, en passant par l’essai – pour comprendre le monde avec émotion et réflexion.

Volet 1 : Anthropologie et fiction

Commençons par un conte où art, science et littérature se mêlent pour mieux nous raconter un monde post-climatique.

DD-Narratocène

TRESSES – SOUVENIRS DU NARRATOCENE
de Léo Henry, illustré par Denis Vierge
avec la participation de Hervé Le Guyader
sous la direction de Daniele Riviere

Depuis 2009, chez Dis-Voir, la collection ” Les Contes illustrés pour Adultes” propose pour chaque édition, un doux mélange entre dimension poétique et rigueur scientifique.

Dans l’opus Tresses – Souvenirs du narratocène, nous sommes en présence d’une femme vivant dans une serre car les humains ont rendu la Terre irrespirable. Toutes et tous confiné.e.s dans des biosphères II, chaque humain se voit confier une tache bien précise. Bibliothécaire, notre héroïne est missionée pour aller explorer le Dehors car l’atmosphère y est devenu à nouveau respirable. Au cours de son expédition, elle y découvre une peuplade d’individus composée d’humains et d’animaux. Une des particularités de ce groupe d’êtres vivants tient dans l’indifférence notoire entre le statut des humains et des animaux. L’autre caractéristique spécifique de ce peuple se manifeste dans le changement continuel de genre des personnes qui le compose, un jour femme, un autre homme, peu importe. Les adultes, les enfants et les animaux vivent ensemble, personne ne se parle mais tout le monde vit en symbiose. Le seul moment dédié à la parole - au récit – s’appelle les tresses. Voilà comment la bibliothécaire les définit : “La forme préférée et presque systématique de leur récit est la tresse. Une tresse est dite par trois personnes différentes au minimum, c’est-à-dire d’autant de voix, depuis autant de points de vue. Par égard pour moi, les villageois pratiquèrent le brin à brin, qui consiste à parler l’un après l’autre pour ne tresser les récits que de temps en temps.”

Après cette première partie du livre consacrée à l’exploration de la planète post catastrophe climatique, la seconde partie nous offre l’occasion de lire trois contes avec tresses, et un quatrième, sans tresse, à une seule voix donc, le tout en guise de conclusion et perspectives. Les titres des tresses sont suffisamment explicites pour vous donner envie de les lire, les voici :
- “Des formes de l’humanité”,
- “Du savoir et de l’ignorance”,
- “Du sauvage et du domestique”,
- “De toutes les immortalités”.
Dans ces différentes tresses, trois histoires se croisent et pour ne pas en raconter plus, une seule citation permet de comprendre l’enjeu principal de Tresses – Souvenirs du narratocène :
“Nous avons commencé à transformer nos histoires et nos histoires ont commencé à nous transformer.
Par le récit, nous sommes devenus humains.”

Entre chaque partie, une illustration donne du rythme à l’ensemble et permet de rajouter une tresse graphique à celle de l’écriture. Par son aspect physique, l‘objet livre en rajoute une autre.
Bonne lecture
Christophe Le Gac

La collection “Les Contes illustrés pour adultes” est disponible aux presses du réel
https://www.lespressesdureel.com/editeur_collection.php?id=151&menu=1
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Pour continuer sur l’anthropologie, nous vous recommandons la lecture de l’excellent James C. Scott, anthropologue “anarchiste”. Après Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil, 2013) dans lequel l’auteur américain parle des peuples non régis par une autorité centrale, où règne l’ordre sans le pouvoir – comme chez les villageois dans Tresses ; dans HOMO Domesticus – Une histoire profonde des premiers Etats (La Découverte, 2019), l’ancien universitaire de Yale (New Haven, USA) explique comment l’humain s’est aliéné en lui-même et pour lui-même. A l’image des religions – inventées par l’homme pour contrôler l’homme en lui promettant un au-delà -, les Etats, les Royaumes, les Empires basés sur la culture mono céréale seraient les autres grands responsables de notre domestication volontaire, du contrôle des populations et d’une servitude à la guerre.
A lire de toute urgence !
CLG

DD-James-Scott-HomoDomesticus

HOMO DOMESTICUS – UNE HISTOIRE PROFONDE DES PREMIERS ETATS
de James C. Scott
Préface de Jean-Paul Demoule
https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Homo_Domesticus-9782707199232.html

Traduit de l’anglais (USA) par Marc Saint-Upéry
(Against the Grain – A Deep History of the Earlies States, Yale University Press, 2017)
https://yalebooks.yale.edu/book/9780300182910/against-grain