extrait Les pensées décalées de Sam Moore

Reprenant le cours des pensées décalées,
je vous transmet les pensées envoyées le 9 mars à Pierre Giquel en réponse à ses mots.

 

La bouture

Quand le hors champ n’est plus tout à fait hors champ, à savoir la vue s’est agrandie, on a pris un peu de distance et probablement ce qui était out devient in. Sam portait les talons hauts depuis quelques temps sans doute la hauteur avait participé à l’agrandissement du champ. Toutefois même si cela importe peu ici dans la situation, faisons un zoom sur les talons de Sam. Depuis longtemps il-elle en avait rêvé de ces talons aimantés que l’on enlève d’une main et que l’on replace si l’on souhaite, un étage de plus ou un palier de moins. En un geste furtif, le talon disparaissait au fond du sac ou bien majestueusement il réapparaissait. Sam portait les aimantés avec allure. Et ce qu’il voyait désormais avait quelque chose de vertigineux, d’escarpé, du roc à perte de vue, vertical, brut, tendu, piqué de bois d’arnette aux feuilles fluorescentes, l’ensemble accompagné d’une nébuleuse chargée d’effluves florales, musc blanc, citron vert, fleur de pamplemousse, freesia, chèvrefeuille, muguet, bouleau et ambre. En pluie fine, la vue tombait.

Sam s’agrippait aussi.

Sam se retrouvait pour la première fois, sa vue verticale mise à l’épreuve, ce qu’il avait cru être comme l’éternel retour du champ, était autrement. Dans ces précipitations d’effluves vertigineuses, lui revenait en mémoire ses origines, une sculpture pénétrable.