LA FOLIE DES BIOPICS

Ces derniers temps, l’écran a été envahi de biopics de plus ou moins bonne qualité : The Lady de Luc Besson, J. Edgar de Clint Eastwood, La Dame de fer de Phyllida Lloyd ou Ingrid Jonker de Paula Van der Oest, My week with Marilyn de Simon Curtis et Cloclo de Florent Emilio Siri… Tous ces films retracent la vie d’un homme ou d’une femme plus ou moins connu, comme si le cinéma avait besoin de ces personnages « historiques » pour vivre. C’est l’occasion à travers ces films de revenir sur ce genre cinématographique.

The Lady de Luc Besson

The Lady de Luc Besson

Parlons des biopics politiques d’abord, The Lady, J. Edgar et La Dame de fer mettent en images la vie d’un personnage politique du XXe. Le premier film s’intéresse à la vie de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, le deuxième la pseudo homosexualité du créateur et patron du FBI, Edgar Hoover, enfin, le troisième revient sur la vie de Margaret Thatcher. Tous ces films ont le point commun de choisir l’angle de la vie privée des personnages historiques dont ils retracent l’histoire. C’est flagrant dans The Lady et La Dame de fer où ces deux femmes politiques de poigne sont avant tout présentées comme des femmes amoureuses de leur mari. Pour s’intéresser à la plus récente de ces œuvres, dans le film de Phyllida Lloyd, Meryl Streep incarne une vieille femme un peu sénile qui en triant les affaires de son défunt mari se remémore quelques souvenirs forts. Le film traite alors de la vie de Margaret Thatcher à l’aide de moult flash-back un peu gênant pour la fluidité du film. Quant à Clint Eastwood, son film ne traite quasiment que de l’homosexualité supposée de J. Edgar Hoover et la relation qu’il entretenait avec le numéro 2 de son cabinet.

La Dame de fer

La Dame de fer de Phyllida Lloyd

Le deuxième point commun, clairement lié au premier, est le fait que ces œuvres laissent de côté la Grande Histoire pour ne s’intéresser qu’à la petite. On peut observer cette constatation dans J.Edgar qui clairement occulte un quart de siècle de l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique alors même qu’il traite d’un des personnages qui a le plus marqué cette Histoire : pas une mention d’Al Capone, un traitement plus que léger de l’assassinat du président JFK… Les scénaristes et réalisateurs de The Lady et de La Dame de fer choisissent les moments de vie politique qu’ils mettent en avant et en saupoudrent le film. Ainsi, dans La Dame de fer, on suit l’opération des Falklands, alors que tous les autres grands conflits marquant des onze années de pouvoir de Thatcher sont expédiés en trois ou quatre images d’archives et quelques répliques. Certes, un biopic n’est pas un documentaire et ne peut pas traiter de la vie d’un personnage public comme une biographique littéraire peut le faire, mais pourquoi ces films se tiennent soigneusement à l’écart des mécaniques du pouvoir et de l’Histoire jusqu’à aller se perdre dans la vie (trop) privée des grands de ce monde ? Reste que les acteurs qui interprètent ces personnages livrent des performances hors norme. Meryl Streep est décidément une des plus grandes actrices d’aujourd’hui, Leonardo Di Caprio (déjà habitué à ce genre cinématographique avec Aviator, Attrape moi si tu peux… ) est très convaincant et Michelle Yeoh est bluffante de ressemblance.

Ingrid Jonker

Ingrid Jonker de Paula Van des Oest

Parlons maintenant du biopic sur la vie d’artiste. Ingrid Jonker et Howl sont sortis au cours du mois de février. Le premier raconte la vie d’Ingrid Jonker, le deuxième retrace le procès pour obscénité du recueil Howl d’Allen Ginsberg.  Ce dernier décide de faire réciter à son acteur (James Franco) le poème en question et est très difficilement regardable. Par contre, le film de Paula Van des Oest est assez réussi. Le personnage de son film est peu connu du grand public. On pourrait s’attendre à découvrir alors la vie de cette femme qui a marqué la littérature de son pays, mais très rapidement, on s’aperçoit que l’histoire de la poète a été très largement scénarisée pour s’adapter aux codes du cinéma. Ici encore, on passe à côté de la véritable histoire d’Ingrid Jonker, mais également des conditions politiques de l’Afrique du Sud dans les années soixantes, le régime de l’Apartheid n’étant quasiment jamais cité dans le film. Cependant, Paula Van der Oest semble plus faire à travers son film une déclaration d’amour à la poésie. Dans ce cas, le personnage d’Ingrid Jonker ne serait qu’un prétexte pour s’intéresser à la poésie au cinéma. Les écrits d’Ingrid Jonker sont insérés dans le film de manière inventive et convaincante, ils envahissent les murs de la chambre de la jeune poète, puis sa tête. Elle les écrits sur tous les supports possibles : vibre embuée, sable sur la plage…  et les dictent à voix haute ou en voix off. La réalisatrice choisi de raconter l’histoire d’un des poèmes les plus célèbres d’Ingrid Jonker : L’enfant abattu par des soldats à Nyanga. Elle filme d’abord la scène qui inspirera à Ingrid Jonker ce poème, puis traite de la manière dont elle l’a écrit entre la lucidité et la folie qui s’empare d’elle. Enfin, elle clôture son film sur la reconnaissance ultime que reçoit ce poème lors du discours d’investiture de Nelson Mandela en 1994. Alors que la réalisatrice filme les flots dans lesquels s’est jetée la poète, la voix de Nelson Mandela résonne : “Elle était à la fois poète et sud-africaine. Alors que le désespoir régnait, elle a célébré l’espérance face à la mort. Elle a clamé la beauté de la vie. Son nom est Ingrid Jonker“. Preuve du pouvoir que veut donner Paula Van der Oest à la poésie à travers la vie de cette femme et à travers ce biopic.

My week with Marilyn

My week with Marilyn de Simon Curtis

Enfin, courant avril sortira My week with Marilyn de Simon Curtis retraçant l’histoire de l’histoire d’amour d’une icône de cinéma avec le jeune Colin Clark. Dans ce film, le point de départ est le tournage du Prince et de la danseuse de Sir Laurence Olivier qui tourne à la catastrophe face à la bipolarité de son actrice star, l’américaine mondialement connue Marilyn Monroe. Et de ce fait, la première partie est très réussie, on y voit une Monroe en proie aux doutes, rongée par ses angoisses et ses démons… Puis, le film s’enfonce dans la narration d’une amourette lambda dans la vie de l’icône du cinéma et sert dans le romantisme mièvre aidé par une photographie propice à transmettre la moindre émotion et une musique romantique à souhait. En somme, au lieu de continuer dans la mise en abîme du départ assez rigoureuse, My week with Marilyn s’enfonce dans le biopic pataud. Reste qu’il fallait du courage et du talent pour redonner vie à cette icône, un défis que rempli avec succès Michelle Williams même si les premières images de sa transformation en Marilyn peuvent être déstabilisantes. Si le film de Simon Curtis ne s’intéresse qu’à un fragment de la vie de l’actrice, le biopic retraçant la vie du chanteur français Claude François, Cloclo de Florent-Emilio Siri, au contraire, parcourt la totalité de la carrière du chanteur, de sa plus tendre enfance à la mort au sommet de la gloire. Une œuvre qui est paraît-il assez réussie d’après certains critiques.

Pour conclure, nous dirons que le biopic est un genre à multiples facettes ayant le vent en poupe au cinéma actuellement. Les deux derniers cités sont programmés pour être des blockbusters, comme si dans l’absence d’icône dont notre société contemporaine souffre, il faille qu’on se raccroche à celles du passé. Affaire à suivre.

Marie Loulier

Les films mentionnés :
The Lady de Luc Besson sortie le 30 novembre 2011
J.Edgar de Clint Eastwood sortie le 11 janvier 2012
La Dame de fer de Phyllida Lloyd sortie le 15 février 2012
Ingrid Jonker de Paula Van der Oest sortie le 22 février 2012
Howl de Rob Epstein et Jeffrey Friedman sortie le 15 février 2012
My week with Marilyn de Simon Curtis sortie le 4 avril  2012
Cloclo de Florent Emilio Siri sortie le 14 mars 2012