ALIEN : COVENANT Ou l’art de construire un monde meilleur

Dans une pièce aseptisée, style clinique pour milliardaire, Peter Weyland se présente devant un androïde comme son créateur. Cet être synthétique décide de s’appeler David et, en un instant, devient conscient de la finalité de ce « père » en tant qu’être humain. Il interroge Weyland sur les êtres fondateurs de notre humanité. Plus tard dans le film, nous verrons que pour lui l’évolution ne dépend plus de l’être humain.  

 

En 2104, lors de la mission du vaisseau USCSS Covenant, Walter – pale copie de David – doit réveiller l’équipage suite à une onde de choc qui a endommagé le vaisseau. Affolement général, tout l’équipage se retrouve dans un état d’urgence. Le commandant de bord, joué par le cabotin James Franco, y laisse la vie. Comme d’habitude dans Alien, il est le premier personnage d’une longue série à périr. Oram le remplace ; il incarne un capitaine intérimaire croyant qui aime à le dire. Ridley Scott insiste sur ce point mais sans creuser, quota oblige, certainement. Rappelons que nous sommes face à un film américain ! Se présente alors un équipage typique de la franchise : trois couples hétérosexuels, un pilote « black » et un couple gay. Ils vont tous mourir, nous sommes prévenus, c’est leur seule fonction. En son bord, Covenant transporte 2 000 colons en hibernation et 1 000 embryons humains à destination de Origae-6, une nouvelle planète à coloniser.
Une fois de plus, un signal émane d’une planète plus proche de leur destination première …

Daniels dans Alien Covenant, 4660 x 3223, 10 mai 2017 ©20th Century Fox

Daniels dans Alien Covenant, 10 mai 2017 ©20th Century Fox

Pourquoi un message de plus !
A présent, c’est un désastre qu’il faut épingler. Faute d’avoir des réponses au Huitième passager (1979), c’est toute la mythologie de la saga qui est remise en question. Dans Prometheus (2012), les Space Jockeys ou Ingénieurs – une sorte de titan au faciès humanisé au possible – se posaient comme nos ancêtres. Ridley Scott mettait en scène un univers de pauvre facture, et pourtant s’y attendu par une forte communauté de fan, impatiente du retour de la saga.
Dans Covenant, Alien perd de son rapport au corps car tout se passe dans l’urgence. La créature opère, déchiquette et laisse flotter des têtes à vitesse grand V. D’ailleurs l’insémination d’une spore extra-terrestre dans le corps de l’hôte se joue dans une sphère microscopique. L’humain n’est qu’un cobaye, un cobaye de plus au service des expérimentations de David. Le professeur Elizabeth Shaw, seule survivante de Prometheus, en sait quelque chose. La boucle est bouclée, dans cette humanité stérile, l’androïde devient le créateur et achève sa progéniture dans un environnement mortifère.
Nous aurions aimé en savoir plus sur ce berceau de l’humanité avant sa destruction, rêvée ou organisée par David. Chacun est libre de se faire son scénario et cette incertitude offre une ligne de fuite pour un nouvel opus.

David au piano Steinway dans Alien Covenant, 10 mai 2017 ©20th Century Fox

David au piano Steinway dans Alien Covenant, 10 mai 2017 ©20th Century Fox

Les androïdes rêvent-ils vraiment de moutons électriques ?
Alien : covenant n’aura jamais mis autant en lumière le rôle de l’androïde. Créateur et destructeur dans un même mouvement, David se conduit en démiurge fou. De plus en plus flippant, il incarne à merveille une « Uncanny Valley ». Freud définissait cette notion comme le seuil de tolérance d’un observateur humain face à un robot humanoïde. A ce titre, David devient notre nouvel ennemi. Non seulement il est conçu à notre effigie mais il se prend pour dieu. D’une certaine manière, il réalise le vieux rêve des humains : créer une nouvelle espèce organique, supérieur à l’homme et à la machine. Dans ce préquel, tout est agencé pour nous faire fantasmer sur l’androïde. La scène de l’apprentissage de la mélodie, donné à Walter, indique le potentiel infini de création chez tout être artificiel. Lorsqu’il se coupe les cheveux et se contemple dans les reflets d’un miroir, sa beauté est mise en exergue. Cerise sur le gâteau, il pleure et embrasse.
Est-ce que les androïdes ont le droit de rêver ? Cette question infuse tout le film dans une évidence très premier degré. Logique, Alien : Covenant se veut un blockbuster et en ce sens doit s’adresser à un public moyen de 15 ans. Mais le papy britannique de 80 ans ne s’en laisse pas compter ; il y en a pour tout le monde. Plusieurs lectures sont possibles. Fort de son expérience, il choisit de reléguer au second plan le monstre, tout en distillant quelques scènes bien senties avec la bête et le recours au « jump scare » toujours efficace. Mais Scott se considère comme un auteur et le prouve par l’écriture de deux séquences lentes, calmes, voir ennuyeuses. Du dialogue entre Weyland et David, jusqu’à la descente sur la planète inconnue, tout le début du film semble filmé par et pour les androïdes. Certains y voient un loupé du réalisateur, d’autres, une prouesse dans la narration et une manière de nous prévenir à quoi nous attendre. Indéniablement, Scott marque volontairement le coup. Il nous fait comprendre que son premier Alien a été tourné à une époque où l’analogique dominait encore. L’équipe du Nostromo prenait le temps de manger tous autour d’une table. Les humains occupaient l’espace ; la technologie passait au second plan. Dans Covenant, l’androïde Walter et l’ordinateur central Mother se parlent d’abord, avant toute présence humain. Un sentiment d’éloignement s’opère ; la caméra nous tient à distance. Comme si nous étions obsolètes, en lieu et place de la machine, théoriquement programmée pour cela. La seconde séquence consiste à placer une référence en deux temps et pour spécialistes de science-fiction. Tout d’abord dans la scène du pipeau, David parle de Byron, en passant, comme cela, point. Et quelques instants plus tard, près d’une tombe, Walter indique à son modèle antérieur qu’il fait erreur. Il ne s’agit pas de Byron mais de Shelley – l’auteur de Frankenstein. Les amateurs de Isaac Asimov auront relevé la référence à la fameuse préface du premier I, Robot (1950). L’auteur américano-russe y dresse une petite histoire de la robotique et insiste sur l’importance de Mary Shelley dans la dimension faustienne de tout créateur de monstre. Encore et toujours, la créature se retourne contre son géniteur. Mais le robot a des ressources et dépasse l’humain dans ce registre. Plusieurs catégories de robots – Mother, Walter et David – sont à l’œuvre dans Covenant, pour le meilleur et pour le pire. D’une certaine manière Ridley Scott pose la question du post-humanisme, sauce androïde. Chez lui, il y aura toujours une Mother pour te réveiller et un androïde pour t’endormir … pour toujours ?

Bonne nuit.

Lucille Bonato et Christophe Le Gac

David l'androïde ©20th Century Fox

Walter l’androïde ©20th Century Fox

Infos techniques :

ALIEN : COVENANT de Ridley Scott
http://scottfree.com

avec Michael Fassbender (Walter et David), Katherine Waterston (Daniels), Billy Crudup (Christopher Oram), Danny McBride (Tennessee), Demian Bichir (sergent Lope)
Scénario : Michael Green, John Logan et Jack Paglen / Photographie : Darius Wolski / Chef monteur : Pietro Scalia / Compositeur : Jed Kurzel / Chef décorateur  : Victor J.Zolfo / Chef costumier : Janty Yates / Chef monteur : Pietro Scalia / Compositeur : Jed Kurzel Producteurs : David Giler, Walter Hill, Mark Huffam, Michael Schaefer et Ridley Scott
Production : Brandywine Productions, Scott Free Productions et TSG Entertainment
Société de distribution : 20th Century Fox
Genre : Horreur, Science-fiction
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 10/05/2017
Crédit photo : ©20th Century Fox

Trailer : http://www.alien-covenant.com/trailer/