MARK FLOOD, ANOTHER PAINTING

Mark Flood semble être de ces artistes – finalement assez nombreux – qui semblent moins connus en Europe qu’outre-Atlantique. Régulièrement associé à des artistes tels que Josh Smith et Dan Colen, Mark Flood est en quelque sorte un précurseur de cette génération américaine. Il émerge au début des années 1980 avec une pratique à la fois de collage et de peinture. Ses collages détournent des publicités avec ironie, ses peintures opérant de la même manière. On pourrait qualifier de « bad painting » ses peintures d’alors : elles sont faussement naïves, aussi ratées que bâclées, avec le temps elles ont eu tendance à se résumer à des formules inscrites au spray. C’est de la culture punk que vient l’artiste et celle-ci marque son travail. Mark Flood est d’ailleurs connu dans la musique à travers le groupe Culturicide qu’il fonde en 1979 sous le pseudonyme Perry Webb. Le D.I.Y. est sa culture et la satire est son sport favori.

On a plusieurs fois comparé les texte-images de Mark Flood à ceux de ses compatriotes Jenny Holzer ou Barbara Kruger. Dans son essai Resist Much, Obey Little Alison Gingeras ne s’y trompe pas (1). La démarche de Flood n’est pas moins politique que celle d’Holzer ou de Kruger. C’est dans une certaine mesure une critique cynique au sens originel qui s’exprime ici. L’artiste s’en tient au rejet. C’est la fétichisation (publicitaire, culturelle, technologique, etc.) américaine qu’il met à mal, non sans radicalité. Les titres de ses pièces (“Eat human flesh”, “Commit suicide”, “Peel back to see if you are a winner”, etc.) n’ont rien à envier aux formules telles que le “Pick up your king” de Poison Idea. Mark Flood révèle et assume la part monstrueuse de l’idéal libéral américain par la maladie, la difformité, l’enflure et la pourriture.

C’est aussi à l’art lui-même que s’attaque Mark Flood, et avec le même cynisme aiguisé et moqueur. Mais vous ne verrez pas ici de référence à l’histoire de l’art, c’est le système lui-même qu’il parodie. En témoignent par exemple ses peintures simplement intitulées “Another painting”, “3 more paintings” ou “25 additional paintings”. Culturide en son temps s’était rendu digne d’une provocation plus radicale avec le titre “Consider museums as concentration camps”.

Faisant fi des modes et du marché, son œuvre et son esprit sont restés inchangés.

Jerome Lefèvre

 

Note :

Alison Gingeras Resist Much, Obey Little publié dans Notes on Mark Flood’s Hateful Years 1979-1989, Pressed Release 2012, Luxembourg & Dayan, NY in collaboration with Zach Feuer, NY.

Information :

Peres Projects : 82, Karl Marx Allee, Berlin www.peresprojects.com

Fred in Darkness (2008), Collage – Paper on coroplast, 50.8 x 33.7 cm.

Next (2008), Painting – Collage and spray paint on coroplast mounted on painted wood frame. 203 x 274 cm.

The Plumber (2008), Painting – Collage on canvas, 121.9 x 91.4 cm.

Commit Suicide (1989), Spray paint and black-and-white Xerox on Masonite. 61 x 91.4 cm.

Another Painting (2010), Painting – Mixed media, acrylic and spray paint on Cardboard, 129.5 x 104.1 cm.

CULTURICIDE, Santa Claus Was My Lover / Depressed Christmas 7″, 1986