WHITE CUBE IS TO RENT / FRANK PERRIN

Imaginez-vous parcourir un ensemble de vastes appartements aux parquets hongrois, moulures et murs plus blancs que blancs. Vous êtes dans la peau d’un expert dans l’achat de biens luxueux pour un milliardaire de la péninsule arabique. Ce dernier vous a donné carte blanche tant sur le style qu’au niveau du porte-monnaie. Son seul critère tient à la géographie des lieux. Place Vendôme, Hôtel Meurice, place de la Concorde, Saint-Germain-des-Près et le Marais sont les quartiers retenus pour l’achat d’un appartement de plus de 250 m2. Voici le Statement adopté par le photographe plasticien Frank Perrin. Son objectif ? Il aimerait nous sensibiliser sur le renversement opéré entre le White Cube I   - devenu l’étalon, le standard de l’art contemporain depuis l’avènement de l’art conceptuel – et le Real Estate, littéralement bien immobilier dans le monde de la finance. Si le grand public a épousé le design moderne soixante-dix ans après le Bauhaus, remplaçant leurs fausses commodes Louis-Philippe par des meubles dessinés par les designers scandinaves d’IKEA ; Frank Perrin, avec sa série de photographies White Cube is to Rent, nous montre comment les riches amateurs d’art substituent leurs intérieurs Napoléon III par une esthétique de galerie d’art contemporain. Il s’en explique par une phrase bien sentie : « Les artistes conceptuels s’appropriaient l’immobilier pour faire de l’art, et aujourd’hui les agents immobiliers s’approprient l’art pour faire des ventes. » Tout est dit !

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

La série de seize photographies noir et blanc (25 x 25 cm) intitulée White Cube is to Rent se présente comme une suite de perspectives dans lesquelles une succession de portes ouvertes donne la plupart du temps sur de grandes fenêtres à crémone, doublées de fontes ouvragées sur balcons et garde-corps. Certaines prises de vue accentuent les lignes de fuite, du sol au plafond, et offrent au regardeur un sentiment de déjà vu. Des réminiscences d’espaces d’exposition parcourus il y a plus de quarante ans pour certains, de nombreuses reproductions découvertes dans les livres ou revues spécialisées pour d’autres, chaque amateur d’art contemporain se sent familier avec ces espaces domestiques transformés en lieux d’exposition. Les lieux sont vides de tout objet. Ils renvoient à cette fameuse exposition du Centre Pompidou (Hiver 2009) Vides – une rétrospective et plus particulièrement à l’intervention de l’artiste Maria Eichhorn, à Berne, en 2001. Elle avait décidé de ne pas intervenir dans l’espace de la Kunsthalle et de dédier le budget de production aux travaux de restauration de l’édifice. L’économie de l’art était détournée pour suppléer l’économie du bâtiment. Justement, nous touchons là, à l’essence même du travail de Frank Perrin. Depuis sa série de « Joggers » (1998 – 2011), il met en place son projet artistique, POSTCAPITALISM, le bien nommé. Il interroge les allers-retours entre le monde de l’art et le capitalisme. Maintenant devenu cognitif, le capitalisme devient conceptuel et épouse les formes du célèbre mouvement d’art contemporain. Frank Perrin en dévoile les contours et en accentue les évidences et travers.

Christophe Le Gac, architecte dplg

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Note :
I Brian O’Doherty, White Cube, l’espace de la galerie et son idéologie, Editions JRP/Ringier, coéditions Maison Rouge, 2008, Bâle. « Cet espace sans ombre, blanc, propre, artificiel, est dédié à la technologie de l’esthétique. »

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Trailer 02
Avec Eva Barto, Véronique Bourgouin, Jérémy Laffon, Frank Perrin, Fred Pradeau
La Gad by Arnaud Deschin
34 rue Espérandieu
13001 Marseille
France
Jusqu’au 9 janvier 2016
www.lagad.eu

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www.frank-perrin.com

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP

Frank Perrin, White Cube is to Rent (Postcapitalism section #16), 2015, ensemble de 16 photographies noir et blanc, 25 x 25 cm, édition 3, néon sur mur, 8 x 100 cm, édition 5. ©FP