La fleur au fusil !

Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, lance le programme « 1 immeuble, 1 œuvre », à Paris, le 16 décembre 2015.
Un scénario à la Claude Lelouch, “… treize grands acteurs du secteur de l’immobilier ont signé la charte 1 immeuble, 1 œuvre. Avec le soutien de la Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI), ces entreprises s’engagent à commander ou acquérir une œuvre d’art auprès d’un artiste pour tout programme d’immeuble à construire ou à rénover. Le ministère de la Culture et de la Communication accompagnera les signataires de la charte dans cette démarche par son expertise artistique et juridique …”

Voici le 1% artistique recyclé par le privé pour alléger le budget du ministère de la culture, les entreprises payeront les œuvres d’art de ce programme.
C’est aussi une manière de valoriser la construction : « l’acte de construire a quelque chose à voir avec l’acte de créer, et qu’ils se mêlent parfois l’un et l’autre au point de se confondre », fait prévaloir le ministère.
Mais alors qu’en est-t-il de l’architecture, où est l’architecte dans cette affaire qui est avant tout le concepteur de l’œuvre construite et par cet acte, en détient les droits artistiques ?
Sans vergogne la ministre s’octroie le droit de permettre aux promoteurs immobiliers de marcher sur les plates-bandes des architectes et de leurs droits d’auteur.
Se verront donc imposées à l’architecte et à son architecture des œuvres d’art n’ayant pas systématiquement l’aval de son créateur et pouvant se décliner en œuvres dites décoratives.
Nous retombons dans les travers du 1% artistique pour lequel les architectes n’avaient que peu droit de citer et avaient été critiqué, en son temps, par le directeur de l’architecture François Barré à coup de colloque et de séminaire sur le sujet “Art et Architecture”.
Les plus grandes réussites de l’intervention d’artiste dans un projet architectural sont celles qui ont été pensées au début de la conception architecturale. L’un des architectes pionnier en la matière est Rudy Ricciotti. Il a prouvé par chacun de ses projets qu’un artiste a sa place dans l’architecture et qui, en dehors d’avoir une entière autonomie, doit intervenir dès le premier trait de crayon de l’architecte.
Si l’artiste est choisi dès le début par l’architecte ; deux préliminaires fondamentaux sont respectés. Un, l’artiste peut créer une œuvre in situ en dialogue avec le projet architectural et l’architecte. Deux, cela évite qu’une œuvre imposée par le commanditaire soit réduite au statut d’œuvre décorative.
Seul l’architecte peut promouvoir la liberté d’expression de l’artiste car il permet à ce dernier d’intervenir librement dans son œuvre architecturale de manière concertée et dans l’intérêt de l’art et de l’architecture.

Stephane Courarie-Delage

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/1-immeuble-1-aeuvre