FABIEN GIRAUD : THE STRAIGHT EDGE

Fabien Giraud est né en 1980, Diplômé de l’ENSAD de Paris, on le connait surtout à travers le duo qu’il forme avec Raphaël Siboni.
C’est sur un aspect de sa carrière solo et en particulier une de ses œuvres que nous souhaitons revenir.

Dans sa vidéo The Straight Edge, Fabien Giraud propose sa part du gâteau de la culture divertissement en remaniant un rituel très contemporain qu’est le mouvement Straight Edge Hardcore. 200 fans de punk hardcore – nous utiliserons ici le sigle HxC qui le désigne habituellement – sont alors conviés au Point Ephémère à Paris pour “danser”. Le matériau de la vidéo sera le public du concert.
Mais lorsque l’on parle de danse HxC, cela signifie jeux musclés. Entre “blastbeat”, “breakdown”, “two-step” et bien d’autres, mieux vaut savoir comment bouger pour ne pas se faire dégommer. Chaque terme est lié à une partie viscérale rythmique d’un titre HxC, et c’est en fonction de ces parties que les chorégraphies s’installent au sein de la foule. Les danseurs motivés par le son peuvent alors s’élancer en se stimulant les uns les autres dans une danse brutale et conviviale qu’on appelle également “Mosh”.
Fabien Giraud montre ces mouvements traditionnels et réinventés par les adeptes en une boucle de treize minutes. On y entend la musique lourde jouée par un groupe mais on ne voit que le public. On le voit se déchainer, accélérer, ralentir ou encore se figer dans son mouvement, se dispersant et se ressemblant par le biais d’une partition élaborée par l’artiste, à base de dessins, ou par l’intermédiaire de quelques agents dissimulés dans la masse. Le mouvement est spontané tout en restant planifié par l’artiste. La fosse peut alors se métamorphoser en ce qui peut ressembler à un cours d’aérobic lorsqu’elle n’est pas contrôlée par l’artiste, ou inopinément parce que les individus commencent à s’imiter, répétant le même geste grotesque ou “cartoonien” (bucheron, karatéka, rameur…). Il y a des mouvements immortels qui vont de concert en concert comme il y a des mouvements à concert unique.



Fabien Giraud, stills extraits du la vidéo The Straight Edge, 2005, 13 minutes et 8 secondes, production Le Fresnoy, Tourcoing.

Cependant, ce n’est peut-être pas cette chorégraphie complexe qui intéressera en premier Fabien Giraud. L’acte de produire de l’image pour cette foule-matériau est une contrainte. La complexité, la joie et la violence de celle-ci est à prendre ou à laisser. Lorsque la musique ne se fait plus entendre, il faut savoir s’arrêter. Qu’en est-il des interruptions souhaitées par Fabien Giraud ? Comment le public réagit-il alors ? Que se passe-t-il lorsqu’une foule peut remplir les fonctions d’un magnétoscope telles que pause ou avance rapide ?
Il faut imaginer les corps qui ne cessent de s’entrechoquer de façon plus ou moins graphiques enrobés d’une énergie difficilement maîtrisable. Fabien Giraud insiste d’ailleurs sur la notion d’émeute. Il n’y a aucune « ligne de fuite » vers le chanteur car, à l’instar du Straight-Edge lui-même en tant qu’attitude, ici le public n’est pas ici obnubilé par la star, la célébrité : il est tourné vers lui-même et construit à sa guise son consentement et sa propre cohésion. Comparant sa vidéo The Straight Edge à la peinture romantique de par sa composition chaotique, l’artiste compare également son œuvre à une expérience scientifique sur cobayes étudiant la pression que la musique peut exercer sur les corps.

L’expression “The Straight Edge” signifie Avantage Total, “to have the Edge” signifie avoir l’avantage correspondant à une idéologie qui subsiste depuis les années 80 : Le mouvement Straight Edge préconise une certaine droiture d’esprit, une lucidité. Ceux qui y adhère ne consomment ni alcools, ni drogues et s’interdisent tout rapports sexuels sans sentiment en allant parfois jusqu’avant le mariage. C’est un mode de vie par lequel les adeptes s’engagent à conserver leur capacité de penser intacte, c’est-à-dire sans interférence liées à l’abus ou simple consommation d’objets dit négatifs.

En 1981, Minor Threat, un groupe de Washington DC lance le titre “Straight Edge” dont voici les paroles :

“I’m a person just like you,
But I’ve got better things to do,
Than sit around and fuck my head,
Hang out with living dead,
Snort white shit in my nose,
Pass out at the shows,
I don’t even think about speed,
That’s something I just don’t need,

I’ve got the straight edge

I’m a person just like you,
But I’ve better things to do,
Than sit around and smoke dope,
‘Cause I know I can cope,
Laugh at the thought of eating ludes,
Laugh at the thought of sniffing glue,
Always gonna in touch,
Never want to use a crutch

I’ve got the straight edge”

La légende dit que des fans de Minor Threat couplèrent leur passion pour le groupe et les paroles de cette chanson afin de faire naître un nouveau mode de vie sain lié à la maitrise de soi, loin des dépendances chaotiques. Ian Mc Kaye, le chanteur du groupe, a pourtant toujours affirmé que Minor Threat n’était pas un groupe Straight Edge. Il dit lors d’une interview : « Je pense que l’idée du straight edge, de la chanson que j’ai écrite, et de l’interprétation qui en a été faite, a été déformé par certaines personnes. Ils ont modifié, avec leur fondamentalisme, le vrai message qui dans mon esprit était qu’on devrait permettre au gens de vivre avec leur vie comme ils le veulent. Généralement, je pense que la plupart des personnes qui s’identifient avec cela sont des bonnes personnes, qui ont essayé de faire quelque chose de bien de leurs vies, et que ce pour qui en est devenu un mouvement, ou autre chose car ce n’est pas vraiment un mouvement pour moi, je ne l’ai jamais conçu.» (1)

Ian Mc Kaye, ne souhaite pas être directement rattaché au mouvement déjà baptisé Straight Edge par le titre “Straight Edge” puis “Out of Step”, un autre titre de Minor Threat aux paroles plus pédagogiques :

“I don’t smoke,
I don’t drink,
I don’t fuck,
At least, I can fucking think

I can’t keep up
Can’t keep up
Can’t keep up
Out of step with the world

Texte parlé :
Listen, there’s no set of rules. I’ m not tellin’ what to do, all my saying is my thinkin’ of three things that are like , so important to our world I don’t have to find much importance in because of these things, whether they are fucking or whether it’s playing golf, because I feel

I can’t keep up
Can’t keep up
Can’t keep up
Out of step with the world”

Le refrain traduisible par “je ne fume pas, ne bois pas, ne baise pas mais au moins je peux penser » n’est pas un ensemble de règles comme on peut également le lire dans les paroles du titre « there’s no set of rules ».


Minor Threat E.P. Dischord records, juin 1981,

Le mouvement Straight Edge manifeste un refus du nihilisme et des tendances autodestructrices des années 80.
Dès la fin des années 70, le punk devient plus rapide et plus agressif, les chants sont désormais scandés très vite sans perdre pour autant leurs revendications sociales. Le punk hardcore apparaît juste après le crust-punk de Crass, Discharge, Anti Cimex, Antisect ou Amebix. Il est d’abord incarné par Black Flag, les Dead Kennedy’s, Bad Brains ou Circle Jerks. Déjà le punk hardcore renforçait des valeurs plus optimistes que celles du « No Future » de pacotille popularisé par Malcolm Mac Laren. Ainsi les musiciens apprenaient aux fans que la révolution était à leur portée pour peu qu’ils soient suffisamment forts pour la penser et l’assumer. Quand le Hardcore Straight Edge émerge, il entend ouvertement contrer la négativité latente et offre des messages positifs à son public. Il part du principe qu’on ne peut faire la révolution qu’à condition d’être maître de soi, sobre et lucide.
Pour le reste, la différence musicale entre le Straight Edge et le reste du HxC reste encore mince.
Minor Threat et d’autres groupes de Washington DC, tels que Teen Idles et State Of Alert (S.O.A. le groupe d’Henry Rollins avant Black Flag), influencent les musiciens de Boston, c’est au tour de SS Decontrol et DYS d’entrer dans l’Histoire du HxC. Prenant les choses à cœur, ces nouveaux groupes développent le genre musical en parallèle de leur appartenance au mouvement Straight.
Les paroles de “Get It Away” de SS Decontrol sont exemplaires :

What’s there to do weekends here?
Go to party drink some beer
Everybody’s drinking why shouldn’t you
Be a part of the drinking crew

That’s really cool you are a man
Forced down forced can
Forced down your throath
Forced down your throath

Conditions set conditioned to drink
Too much pressure just won’t think
Look what’s next smoking a J
Think for yourself break away

Do the Hard stuff its real fast
Do it straight the buzz will last
Fuck off you I ain’t no waste
Why drink that when I just can’t stand the taste

Le Straight Edge n’émerge pas seulement sur la côte Est des Etats Unis. À l’Ouest, la famille s’agrandit avec Unity, Uniform Choice et 7 Seconds. Youth Of Today fonde le « Youth Crew » représentant un partage idéologique Straight Edge immergé dans la musique Hardcore revendiqué et assumé. Le style se trouve alors défini pour bien des années. En prolongement du Youth Crew apparaissent Side By Side, Bold, Projet X, Gorilla Biscuits, Judge… Tous ces groupes créent l’héritage Hardcore Straight Edge, HxC SxE en abrégé.

Un extrait du titre “Can’t Close My Eyes” de Youth Of Today représente l’idée générale de ces années :

Me you youth crew!
If the world was flat I’d grind the edge
To the positive youth your heart I pledge
X on your hand now take a oath
To positive youth to positive growth
To positive minds, to pure clean souls
These will be all my goals
Walk with me and my crew
There is so much shit we can do
And we won’t stop until we’re thought

Le Youth Crew s’éteint dans les années 90, léguant ses pensées aux générations suivantes. A partir de là, le corps SxE s’étend populairement et géographiquement au Etats-Unis. En Californie, les groupes Carry Nation, Chain of Strenght, Outspoken, No For An Answer, Chorus Of Disapproval, Unbroken, Inside Out et Insted apparaissent. On trouve également à Seattle : BrotherHood et Undertow puis sur la côte Est, Turning Point, Mouthpiece, Flagmen, Crud Battery et Lifetime. Résonnant pour la plupart comme des slogans positifs, des hordes de groupes se révèlent.
Toujours dans les années 90, Earth Crisis, One King Down, Brothers Keepers et Strife introduisent au sein de leurs textes le droit des animaux. Les notions de respect pour la nature, la vie et le végétarianisme trouvent une place centrale dans le mouvement.
Youth of Today fait entendre ce message dans le titre “No More” :

“Meat-eating, flesh-eating,
Think about it
So callous this crime we commit”

De nos jours, ces trois notions ont toujours leur importance, beaucoup de fans et de musiciens sont végétariens, essayant d’avoir le corps et l’esprit le plus sain possible, ou bien par convictions outre passant tout phénomène de mode. A Salt Lake City dans l’Utah, des groupes extrémistes HxC inventent la “Hardline” (littéralement : ligne dure) ce qui est sensé être supérieure au Straight Edge (avantage total). Le groupe Vegan Reich présente une hostilité à l’homosexualité, condamne les relations sexuelles ante-mariage, sont anti-avortement et intolérants des personnes non-adhérentes au mode de vie Hardline. Le respect et l’optimisme prônés par les Straight Edge sont défigurés. Cette vague radicale ne rassemble que peu d’individus de nos jours alors que les médias, à l’époque, parlaient de 2000 gangs et d’affrontements violents par centaines.
Les musiciens SxE et ceux qui ne le sont pas partagent cependant de plus en plus les mêmes scènes, le style se diversifie et se nuance. Le HxC tend parfois vers le Métal avec des groupes comme Allegiance, Black My Heart, Carpathian, Casey Jones, Champions, Down To Nothing, Suffocate Faster, Stick To Your Gun… Tous les groupes de HxC ne sont pas forcément SxE mais une majorité de personnes SxE font du HxC.
Le symbole X, la lettre ou la croix symbolise le mouvement, on le trouve dans les abréviations SxE et HxC et autres variantes. Certains l’utilisent comme marque de fabrique permettant une reconnaissance ou une revendication, comme le groupe xDeathStarx. Dans l’Histoire, la lettre X était visible aux dos des mains des personnes mineures lors de concerts au Etats-Unis. Par ce stigmate, chacun pouvait savoir qu’il n’avait pas l’âge de consommer de l’alcool. Les membres de Minor Threat et de Teens Idles firent de leur plein grès ce X sur leur main afin d’exprimer leur propre volonté de ne pas boire d’alcool. Le triple X a été créé par Jeff Nelson, le batteur de Minor Threat. C’est un pied de nez au drapeau de Washington DC où les trois étoiles se transforment en XXX. Ce XXX pouvant exprimer les trois piliers du mouvement Straight Edge consistant à ne pas fumer, ne pas boire, et ne pas « baiser ». Ce X peut être vu aujourd’hui dans de nombreux visuels de musique Hardcore : tee-shirts, casquettes et autres produits dérivés, noms de groupes, tatouages, affiches de concert… Il est encore possible de citer des groupes contemporains comme Biohazard, Sick Of It All, Madball , Damanation A.D., Refused, To Kill, 25 Ta Life, Hatebreed, Attack Attack, Terror, Providence, Converge, Kick Back influençaient par les pionniers du HxC et/ou du mouvement SxE.

L’œuvre The Straight Edge de Fabien Giraud joue clairement avec la notion d’underground. Elle offre une vision de cette sous-culture musicale, souvent mal jugée ou complètement inconnue, et la diffuse à un public plus large qu’est celui de l’Art. Fabien Giraud nous montre un groupe d’individus se réunissant autour de la même passion et prouvant leur désir d’ouverture aux publics extra-Hardcore en coopérant dans cette œuvre atypique.

Fabien Giraud n’est pas le seul artiste à s’être référé à la scène Hardcore punk. De nombreux artistes, américains d’abord puis européens, s’en sont inspirés de même que plusieurs photographes l’ont documenté, livrant une icinographie supplémentaire à ce genre aussi politique que musical.
Dans l’ouvrage American Hardcore, a Tribal Story de Steven Blush et Georges Petros l’artiste Mark Flood est cité pour son apparition en tant que chanteur au sein du groupe Culturicide au milieu des années 80 ainsi que pour sa collection d’affiches et flyers de concert HxC. Matthew Barney y est également interviewé sur son opinion sur le Mosh. Ce même Matthew Barney, l’un des principaux artistes américains depuis les années 90 a invité Agnostic Front à jouer dans son film Cremaster 3 dans une scène culte de jouxte sonore qui l’oppose à Murphy’s Law filmée au Guggenheim de New York.

Le punk Hardcore est foncièrement underground, comme a pu l’être longtemps le métal extrême. Les liens qu’entretiennent les artistes avec la scène sont souvent aussi discrets que flagrants, parfois longtemps compréhensibles que par ceux qui en maîtrisent les codes. Par exemple quand le monde de l’art découvre Raymond Pettibon, mille histoires circulent sur son passé qu’il ne renseigne que de manière laconique. Peu font le lien avec Black Flag. Pettibon est en effet le frère de Greg Ginn, guitariste et fondateur de Black Flag de même que du label SST (3). C’est lui qui dessine le logo du groupe – le drapeau noir de l’anarchie divisé en quatre bandes verticales – et qui réalise les pochettes de leurs disques autant que les flyers des concerts du groupe. C’est aussi SST qui édite ses premiers recueils de dessins juste avant que le monde de l’art ne s’intéresse à lui. Avant même que Raymond Pettibon ne devienne artiste, tous les amateurs de punk connaissaient depuis longtemps sa griffe et ses codes. Le logo de Black Flag sera – avec celui des Misfits dessiné par Glen Danzig – le sigle le plus tagué dans les rues de Los Angeles pendant longtemps. Il a été repris par plusieurs artistes comme Bruno Peinado qui le reproduit en verre teinté noir brisé en référence à la pochette du premier album de Black Flag montrant Henry Rollins brisant un miroir de son poing.
Steven Parrino sera autant marqué par cette scène que par la no-wave. Il intitule par exemple l’une de ses toiles de 1995 N.Y.C.H.F.T.W, les initiales pour “New York City Hard Core Fuck The World”. Dans la pièce Black Flag de 2003 il compose un collage de texte noir et blanc à l’esthétique radicale sur la politique du punk anarchiste à partir de page du livre Our Band could be your life de Michael Azzerad. Fan des Ramones, des Misfits, de Black Flag et de Poison Idea, on peut voir des pochettes des vinyles sur les photos qui ont été prises de son atelier. Les dessins de la série Exit Dark Matter (4) font largement référence à l’iconographie de certains de ces groupes au même titre que des références à la peinture qui l’a précédé ou au cinéma (Hitchcock, Russ Meyer, etc.).
On retrouve les paroles du titre « Priority » de Ice-T dans l’œuvre Actual Bodies (Return Of The Real) de Per-Oskar Leu en 2008, lui aussi impliqué dans la scène hardcore punk scandinave avec le groupe Damage Control formé en 2001.
En 2009, les One Cut Collages de Charlie Woolley montrent sans complexe des arrêts sur image de scènes de concerts Hardcore, l’artiste split les représentations filmé on stage des groupes et mixe leurs noms.

Il est aussi possible de citer quelques artistes français. Lorsque l’on entre sur le site internet internet de Claude Lévêque, on y est accueilli par le titre “Destroy Everything” de Hatebreed. On trouve également dans les références musicales de l’artiste des groupes comme Sick Of It All, Youth Of Today, MadBall, Agnostic Front et d’autres.
Plusieurs autres artistes ont fait des références à la scène Hardcore ou à certains de ces groupes. C’est le cas de Jérôme Poret dans la pièce Stagedivine documentant le stage diving ou d’Arnaud Rochard dans ses gravures.
Le photographe de rock Glen E. Friedman a aussi immortalisé Fugazi, Black Flag, Minor Threat, Bad Brains, Dead Kennedys, des groupes précurseurs du Hardcore et du mouvement Straight Edge.



Fabien Giraud, The Straight Edge.

Le punk Hardcore a su se distinguer non seulement comme un genre musical au sein du punk mais comme une somme d’attitudes. Il est, nous l’avons vu en partie ici, intrinsèquement politique dans toutes les acceptations du terme.
Il est complexe à l’étude et toute tentative échouerait qui ne serait pas basée sur l’expérience. Seuls ceux qui l’ont vécu le connaissent pour l’avoir pratiqué. Ainsi, on n’en parle qu’à travers la manière dont on le vit et dont on l’aime, ce qu’on y a apporté comme ce qu’il nous a apporté, le plus subjectivement qui soit. Avec les partis-pris que ça implique. De même, on n’invente pas de concepts à son sujet comme on pourrait le faire sur le rock de manière générale ou sur les musiques électroniques. Il est une somme d’expériences. Autant de critères qui échappent à l’analyse traditionnelle de l’art et de l’esthétique.
Par conséquent, la pièce de Fabien Giraud fait référence à un aspect précis du Hardcore comme l’ont fait ou le font encore plusieurs artistes depuis le milieu des années 80. En faisant du corps le centre de l’œuvre, Fabien Giraud pointe l’enjeu majeur du Hardcore – le corps comme force et volonté politique – mais de celle de la fosse dont il fait son sujet plutôt que celle, sacralisée d’avance, qui envoie les décibels depuis la scène. Il crée une chorégraphie partiellement contrôlée, indépendante dans l’espace qui lui est impartie, et prête à tout.

Shani Bauchart et Jérôme Lefèvre

Notes :
(1) : Scenepointblank
(2) : Steven Blush et Georges Petros American Hardcore, a Tribal Story, Feral House Publishing. L’ouvrage a été publié en 2001 puis réédité en 2010. Il a été le point de départ du documentaire American Hardcore de Paul Rachman et Steven Blush sur la scène hardcore punk de 1980 à 1986 (Sony Pictures).
(3) : SST fut le label de Black Flag, The Minutemen, Bad Brains, Saint Vitus, Dinosaur Jr., etc.
(4) : Steven Parrino Exit Dark Matter 1998-1999, édité en 2002 par JRP Ringier en association avec Les Presses du Réel, la Grazer Kunstverein (Graz) et le Fri-Art (Fribourg).

Shani Bauchart est née en 1990 à Amiens. Depuis la fin de son D.N.A.P. au Havre, elle étudie en Master 1 à la Finnish Academy of Fine Art d’Helsinki.

Le duo Fabien Giraud et Raphaël Siboni est représenté par la galerie Loevenbruck à Paris :
www.loevenbruck.com