A l’heure des Foires d’art contemporain, il est bon de relire In Art We Trust – L’art au risque de son économie, de Tristan Trémeau

Voilà un ouvrage qui fait vraiment plaisir à lire.

Enfin le terme plaisir n’est certainement pas le plus adéquate car à la fin de la lecture, le sentiment s’apparente à celui ressenti après avoir pris connaissance des écrits et des dessins d’un Charlie Hebdo. Il ya la satisfaction d’être mis au courant d’informations et de sujets jamais ou si peu traités dans les autres journaux, mêlée à une certaine tristesse souvent éprouvée après leur lecture, le tout engendrant une solide rage et une flagrante impuissance. Mais le fait de l’écrire et de lire ce genre de propos permet de penser à d’autres voies possibles.

Pourquoi ce sentiment à la lecture de In Art We trust ?

D’un côté, l’auteur choisit un sujet on ne peut plus d’actualité : les relations entre les marchés financiers et la niche rassurante de l’art. Il démontre comment un Fonds de pension – Art Pension Trust (APT) – créé sur des pseudos bonnes volontés de mutualisation et de redistribution à destination d’artistes contemporains, et par des acteurs bien au fait du capital risque, ne peut profiter qu’aux investisseurs, inconnus à ce jour (1), de cette redoutable machine à produire de la richesse. De l’autre, une écriture fluide, renforce la démonstration et perpétue une certaine idée de la critique d’art.

La mise en place d’une méthodologie basée sur « un art critique d’art », au service du critique et inspirée par des artistes tels que Walid Raad ou Société Réaliste, figure le projet défendu par l’auteur, à savoir « prendre la mesure des liens indissociables entre les enjeux esthétiques, idéologiques, économiques,  sociaux et anthropologiques que charrient la création artistique, ses médiations et ses marchés » et pas simplement l’étude du monde des formes et des couleurs.

« L’esthétique relationnelle » de Nicolas Bourriaud et ses artistes, passent à la moulinette de cette grille de lecture. La pléiade de curateurs, directeurs de Musées et autres grandes institutions payés par APT est convoquée comme caution symbolique et rabatteurs au service des dirigeants et investisseurs – héritiers d’un certain Charles Ponzi (dixit Société Réaliste).

Ne pas en dire plus, ce serait trop en dévoiler.

En conclusion, il faut lire absolument cet ouvrage pendant la saison des foires.
Histoire de !
Christophe Le Gac

 

(1) Pour essayer de les démasquer, tenter de naviguer sur www.aptimaid.com
et par regroupement, il est possible d’émettre des hypothèses.

 

In Art We Trust. L'art au risque de son économie - Tristan Trémeau

In Art We Trust
L’art au risque de son économie
Tristan Trémeau
Editions Al Dante + Aka
www.al-dante.org
www.arba-esa.be
96 pages, 17 ill. quadri
texte en français
ISBN : 978-2-847618-49-5
15 euros

Né en 1969 à Lille, Tristan Trémeau vit et travaille à Bruxelles et Paris. Docteur en histoire de l’art, critique d’art et commissaire d’expositions, il est professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Tours et à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Il est aussi chargé de cours à l’Université Paris 1-Sorbonne. Après avoir écrit pour Artpress et DDO, il est aujourd’hui membre du comité de rédaction d‘Art 21 (France), membre du comité de lecture de La Part de l’Œil (Belgique), collaborateur régulier de L’art même (Belgique) et de Critique d’art (France) et collaborateur ponctuel d’Arpress (France), ETC (Canada) et Esse (Canada).
Ses écrits se déploient selon trois axes  : une démarche historique et théorique sur la question des lieux de la peinture depuis les avant-gardes, un questionnement critique des théories de l’œuvre et de l’art depuis le minimalisme et le pop art, une analyse critique des enjeux esthétiques et idéologiques de l’art actuel. Des archives de ses écrits son lisibles sur son blog :
http://tristantremeau.blogspot.fr