Offrir des livres / Volet 3 : deux livres chez Lars Müller

Depuis 1983, cet éditeur suisse, basé à Baden, constitue un catalogue riche en ouvrages sur l’architecture, l’art, le design, le graphisme et l’urbanisme. La grille, le choix des polices de caractères et le savant dosage entre les blancs du papier, les gris des typos et les couleurs des visuels, facilitent l’approche sensible et la lecture réflexive des ouvrages. L’élégance du graphisme suisse est ici au firmament de son art. Du monde sous cloche au graphisme de la grille dans toutes ses dimensions (analogiques et algorithmiques), voici deux livres que vous pouvez offrir avec bonheur.

THE ARCHITECTURE OF CLOSED WORLDS
Sous la direction de Lydia Kallipoliti
Une co-édition Storefront for Art and Architecture, NYC

DD-TheArchiClosedWorlds

Dans cet ouvrage de 300 pages au graphisme soigné et à la reliure offrant une possibilité de lecture fonctionnelle – les doubles-pages “tombent” bien -, le contenu explore depuis 1928 à 2008, différents mondes clos et sous contrôle climatique, du dôme géodésique à la capsule spatiale, en passant par l’homme augmenté. La grande plus-value de ce livre s’incarne dans une axonométrie à 45° qui vient illustrer chaque projet exposé. Très didactique, ce catalogue historique d’architectures plus ou moins folles dispose d’un sous-titre du plus cocasse : “Or, What Is the Power of Shit?”. Dans son introduction, Lydia Kallipoliti convoque, entre autres le film de Ridley Scott – The Martian (2015), pour nous convaincre du bienfondé d’utiliser la merde comme énergie de survie en monde fermé. La réponse à cette question pertinente sur le pouvoir de la merde, est donnée par Graham Caine dans son projet de Ecological House (1972).
CLG

https://www.lars-mueller-publishers.com/architecture-closed-worlds

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ANALOG ALGORITHM
Source-related Grid Systems
Christoph Grünberger

DD-Analog-Algorithm

Les trois couleurs les plus utilisées par les dictatures, les régimes totalitaires, les partis politiques extrémistes, les publicistes cyniques, et même quelques grands mouvements artistiques modernes, sont le rouge, le noir et le blanc. Nazisme, Moaïsme, Stalinisme, Constructivisme, Bauhaus, etc ont décliné ce triumvirat pour le pire et le meilleur. Dans le livre de Christoph Grünberger, les trois couleurs “propagandistes” servent la bonne cause. Divisé en quatre parties – Form-Based, Character-Based, Object-Based, Image-Based -, cet opus à la mise en pages sobre et efficace, montre de multiples possibilités de dessiner des objets, des lettres et des espaces. Partant d’une grille, l’auteur joue de cette dernière en représentant toutes les variations possibles à partir d’une seule variable. Le tout engendre une variété de formes en tout genre.

La grille, quelle soit propulsée par un sytème analogique (l’humain) ou par un système artificiel (la machine), offre un moyen de créer une interface entre monde physique et monde binaire. Dans le clip éponyme réalisé par le designer allemand (https://vimeo.com/317654475/454e8faabd), nous sommes transportés dans l’espace interstellaire ; nous y voyons l’extérieur puis l’intérieur d’un vaisseau spatial où nous suivons un spationaute vaguer à ses occupations, au même titre qu’une suite de machine et de données qui interagissent avec lui. Au fur et à mesure ce dessine sur toutes les formes réalistes projetées sous nos yeux, des traits, des points, etc … des systèmes de grille. L’ensemble montre à qui en doutait encore, l’importance de la géométrisation du monde par l’homme pour l’homme. Le mode filaire annonce notre future géométrisation, nous, corps et esprits humains.
CLG

https://www.lars-mueller-publishers.com/analog-algorithm
https://www.analog-algorithm.com