ALAIN BADIOU : COLLOQUE – ESTHÉTIQUE ET PHILOSOPHIE

Dust Distiller inaugurait sa rubrique livres avec l’ouvrage Inesthétique et Mimesis de Mehdi Belhaj Kacem autour du concept d’inesthétique d’Alain Badiou 1. La publication récente du colloque Alain Badiou : Esthétique et philosophie par le Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne est l’occasion de revenir sur la problématique et la pensée de Badiou.

Le Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole avait organisé le 22 octobre 2008 un colloque consacré à Badiou en sa présence et avec des interventions de Mehdi Belhaj Kacem et Alexandre Costanzo sur l’esthétique et le principe de réalité qui fonde tout contexte, interventions chaque fois commentées par Badiou lui-même. L’intégralité des actes du colloque musée est à présent disponible dans une édition du Musée, premier volume de la série « Pensées contemporaines ».

À la fin des années 90, Alain Badiou publiait son Petit manuel d’inesthétique 2 dans lequel il exposait son concept reposant sur les limites de l’esthétique face à l’art contemporain. Mehdi Belhaj Kacem en synthétise la cause : « L’art contemporain est l’assomption négative de l’effondrement architectonique de l’esthétique, et n’a aucun besoin de la philosophie pour le tenir a bout de bras dans sa tache infinie de déconstruction de l’esthétique ». Kacem, Alexandre Constanzo revenaient non seulement sur la notion d’inesthétique mais également sur les notions de vérité, d’événement et de poésie.
Dans sa trame, le colloque abordait des questions relatives au postmoderne, ce contexte et cet état de l’art aujourd’hui. Il révélait la lourde tâche de l’artiste aujourd’hui, un artiste à qui « tout est imparti, légué », Alain Badiou le décrivant comme « le plus riche héritier que l’on n’ait jamais vu depuis les peintures de la grotte Chauvet jusqu’à la dernière installation ».
Pour Badiou, la tâche et l’issue ne peuvent être qu’une sortie du postmoderne. Dans ses réponses au public il précisait « je n’ai aucun moyen de me montrer prescriptif sur les arts réels, mais je sais que le mouvement de l’art aujourd’hui va être nécessairement une sortie du postmoderne, commandée souterrainement par la conviction qu’en réalité, non seulement l’histoire n’est pas finie, mais qu’à certains égards elle commence ». Pour lui l’histoire, le moment présent « est nécessairement l’histoire du dépassement du capitalisme ». Un large pan de l’art contemporain le plus récent s’inscrit en cohérence avec ce constat, c’est le cas des jeunes générations affairées aux esthétiques de la ruine – la ruine pouvant être interprétée comme la fin d’un cycle et annonçant celui à venir – et à l’émergence de nouvelles radicalités.

A très juste titre avec Badiou, aborder l’art c’est aborder une question politique. Ainsi, il défend un art non subordonné à la politique. « Les pouvoirs en place essaient désespérément de partager la thèse que l’histoire est finie. Ils nous répètent tous les jours qu’il n’y a rien de mieux que ce qu’il y a, qu’il suffit de créer un nouvel ordre mondial, la démocratie partout, le marché, etc. Ils sont dans la thèse que l’histoire est finie et même s’il n’y connaissent rien, ils sont en réalité dans l’esthétique postmoderne ». A quoi il ajoute : « (…) il faut toujours s’inquiéter en art quand il n’y a pas d’ennemi, encore plus que dans n’importe quelle autre activité ».

Jérôme Lefèvre

Notes :
1 – Mehdi Belhaj Kacem, Inesthétique & Mimesis : Badiou, Lacoue-Labarthe et la question de l’art, Lignes 2010
2 – Alain Badiou, Petit manuel d’inesthétique, Seuil 1998.

Alain Badiou, Esthétique et Philosopie
Série « Pensées contemporaines » du Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole.

À paraître dans la même série :
Jean-Christophe Bailly / Georges Didi-Huberman, L’Imagination
Diffusion : www.r-diffusion.org