Les salières de Sam Moore

1
Il y a un trou au milieu de la table, si petit qu’on le distingue à peine et pourtant un petit filet de sel s’écoule en dessous, et glisse le long de la jambe de mon voisin.

2
Sortant la tête du buisson, un peu enrubanné, je me souviens C me pointait du doigt les 3 coquelicots éparpillés au dessus de ma tête. J’essayais alors de les suivre à travers le brouillard de mes jumelles écartelées.

3
Jeene G se sentait prêt pour passer le pas de la porte, au passage les moulins s’agitaient avec enthousiasme, tandis que les baies roses se déployaient.

4
Sam sentait bien que le filet doux et les moules poursuivraient leurs prises en direct. On passait du plancton au filet mignon. Pour les papilles averties la papaye était confite.

5
De loin, dans l’arrondi, une percée murale tel un œil de boeuf rempli de formes sinueuses vertes à 5 doigts ou bien dérivé des formes haricots seventies. Extrait, un motif aux graphies spontanées Rosy Aliv…

6
Tickling tickling tickling
La main gantée aux leurres de Victoria dans son aquarium anti UV tel un trophée de séduction. Trout tickling. Sam pensait au trou dans la banquise, il se demandait comment y plonger la main pour y chatouiller le poisson.

7
Les acrobaties raides et exagérées ou les extravagances kama sutrabatonniennes à l’intérieur du haricot. Les pensées articulées en profondeur, comme une suite logique et désirable. Dessin ou pas la tête pense au cul.

8
Elle a pensé à l’écrasement des boudins de terre noire en guise de dessous de plat. La galette ainsi gribouillée est venue se frotter au porte-pipe nacré de Sam. De quoi interroger les yeux posés sur le plateau !
9
La chouette de Christelle veille à l’angle de la maison.
Voir l’haricot à l’angle éclaire les piscines perchées. Vue de l’intérieure, il semble que les piscines en forme de haricot veillent à l’angle de la maison.

10
L’apparition de Florence. Une fissure dans le mur agissant comme un éclair soudain. L’éclair traverse l’avancée du bleu de nuit. De loin, on passe au chaud. De près, la profondeur du néon étrangement nous ramène au glacier.

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Tout au bout, la porte s’arrondissait, Sam approcha son oreille pour en écouter les sons, celle-ci était ronde comme dans les sous-sols d’un bateau. De l’autre côté, l’eau coulait, Max chantait, un folk décontracté le rasoir allumé !

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L’oeil de Babeth a la malice pour repérer les buissons des pavillons alignés tels de gros poufs. Sam pensait à une entrée fracassante, la tête plongée dans les poufs.

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D’un bloc de marbre brut est sorti la tête d’une femme taillée douce et maquillée. Bleu aux paupières et fine lèvres rouge orangé. La tête attend sur le mur haut de la cuisine à l’angle droit du haricot.

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A l’échographie, on aurait dit un petit haricot. On peut fêter ça avec les haricots, même si
les haricots sont de natures différentes. Enfrisoladas. Si certains haricots flottent encore, il faut les sortir par la passoire tout comme ceux qui ont été grignotés par les bêtes. Le dos de la tortilla se dore à la vue des haricots.

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Les effluves de la chasseuse forestière aux abords des forêts révèlent la présence des renards rouges, vulpes vulpes. Bandit prêt à se faufiler dans les feuilles et forêts, singulier sanglier, caprice du chevreuil d’Asie tandis que le cerf élaphe hante la forêt.

16
Ve 21 janv ou janv ve 21. Sam se demandait ce qu’il préférait. Un calendrier arrêté dans un temps ou bien une liste de souhaits incomplète.

17
Sur la vitre de la cuisine, le plan de la cuisine de Francfort par Margaret et Katharina, la cuisine pensée par une femme pour les femmes, un plan de circulation aisée et verticale.

18
Le verre fourré était apparue dans le souvenir de Sam couché, Venus in furs. Sam pensait à cette étrange association, tel un blaireau venu se coucher au pied du porte pipe sur pied en céramique vert.
A la relecture des mots, embarqué par le blaireau, Yvan a changé le porte pipe en porc epic.

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Ça va. J’te quitte j’te quitte j’te quitte j’te quitte. L’éternel répétition du perroquet debout sur sa cage et qui est toujours là. Au revoir. David a pensé à l’oiseau des femmes, de Mme Touchard à Mme Orain.
20
Hollywood on a stick, 3 petits points de lumière à ajuster pour activer la star en chacun de nous. Le paradoxe de la mise en scène qui se règle en une ouverture de parapluie. Geste simple – Action – smiling and singing under the umbrella.

21
Elle est belle la planche réfractaire de Poupet, celle qui tente de s’évader entre les pilotis du haricot et l’éclair lumineux.

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S’affichait sur le mur courbe, la veste taillée dans le canevas de sa tante. Le cerf aux aguets, majestueux devant la collection de pipes Vallauris qui se dressent peu à peu dans la courbure.

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Le club des haricots à partager de DMC, on passe du duo de lampes Holophanes en jaune et orange de l’espace public au semi-privé, de la rue à la lampe de chevet. Les lampadaires deviennent table au dessus et éclairage en dessous. Le mobilier brut s’élève du haut vers le bas.

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Les rouleaux de l’été peints de haut en bas en dégradé du vert au rose. Des échantillons des couleurs d’Elsa prêts à se déployer. Sam pensait à l’échelle pour prendre le goûter avec les enfants sur le toit de la maison de madame Orain.

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Un petit tas de buches taillées en os sous la maison haricot au pied des pilotis une réserve possible à l’écoute tout comme la guitare de Neal taillée dans le bois des écoles. Gravés, rayés d’empreintes dans le contreplaqué vert. Plaque d’acier 3 lettres gravées SBP, Shipsides Beggs Projects.

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Les besaces de Santini, prêts à partir en distribution de tracts et autres services communication de DMC Corporation. A l’écoute des slogans, la voix off annonce l’oeuvre comme une chorale collaborative et généreuse. La mobilisation se veut intégrale, famille et amis réunis et reposent sur les savoirs faire de chacun.

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Le tissu de trombones pendu sur la courbe de cp fait de l’œil aux loupes du bois. La fourchette Georgette du maire est bien dodue de l’intérieur.

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Switch on Tix. Les platanes devant La cuisine se taillent. La taille des platanes forment les excroissances habiles, camouflages subtils ou articulations en guise d’installation électrique. Les petites branches d’arbres de part et d’autre du triply pour aiguiller l’installation du tronc à la douille sous plafond. Switch off Tix.

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De loin, la mousse opère en bouche. La bouche fendue façonnée par Babeth s’articule étrangement avec les assiettes de Krebs aux motifs abstraits. Les plates donnent des yeux à la bouche. La bouche boit d’un trait le sabayon de Camille mijoté dans la cuisine.

30
D’entrée de jeu, sur la petite table pour accueillir les convives pour le diner, Sam, Dave & Yvan proposaient une sélection de menus tirés au sort comme un éventail de choix aléatoire à nouveau. La soirée s’annonçait gastronomique. Les fourchettes s’étireraient quoiqu’il arrive jusqu’à l’assiette voisine.

Extraits Les pensées de Sam Moore, publication manuscrite in Les Salières de Sam Moore pour Dinons chez Madame Orain, le 1/09/17 dans les Fourneaux de La cuisine, Centre d’Art Contemporain et de Design, Négrepelisse. Pensées et apparitions furtives de quelques œuvres vues dans l’exposition Madame Orain et la mogette magique de David Michael Clarke & invités (Marie Angelé, Neal Beggs, Hervé Beurel, Florence Carbonne, Etienne Cliquet, Christelle Familiari, Maxwell James Farrington, Yohann Gozard, Bonella Holloway, Anabelle Hulaut, David Kidman, Victoria Klotz, Xavier Krebs, Roger Le Flanchec, Guillaume Pinard, Marianne Plo, Philippe Poupet, Babeth Rambault, Anne Santini, Bertrand Segonzac, Katharina Schmidt, Laurent Tixador, Elsa Tomkowiak, Béatrice Utrilla et Juliette Wouth).