LAISSE-MOI DU TEMPS 4 ! MATHIAS TRAVIS (S1)

Nous vous offrons la possibilité de lire quatre épisodes pendant l’été.
L’ouvrage sera disponible en librairies en janvier 2013.
Bonne lecture et bon été !

Episode 2

La lumière du jour et le trafic qui traversait la rupture des arbres le réveilla.
Elle n’était plus là.
Il essaya de se rappeler ce qui avait bien pu se produire avant le sommeil.
Il lui restait une inquiétude.
Il l’imaginait se promenant, puis s’accroupir pour un pipi matinal en guettant autour d’elle de peur d’être surprise.
Il ouvrit la portière de la voiture qui était encore endormie.
-Coucou!

Il sursauta.
Elle surgit de derrière la voiture, son sourire était revenu.
Il l’embrassa.
Ils marchaient le long du parking vide en direction de la trouée des arbres qui marquait la sortie.
Elle donnait des coups de pied dans des bouteilles de bière jusqu’au moment où ils furent à découvert.
Le vacarme du verre ricochant sur les bordures était agaçant à la longue. Laissant son jeu elle courut plus en avant vers la route, mimant l’autostoppeuse esseulée en bougeant son corps d’une manière provocante au-devant des voitures, mais qui devenait plus amicale et pudique au passage des camions.
Il la rejoignit et l’allongea dans l’herbe.
Elle se releva immédiatement et courra vers la voiture.
Il essaya de l’attraper, mais elle était déjà installée au volant mimant le geste de conduire.

Elle reprit sa place, mit ses lunettes noires et le son de la radio à son maximum.
-Allons prendre un café bien chaud, peut-être te recherche t-on ?

À la cafétéria de la station-service, les chaises étaient encore sur les tables.
Elle cherchait de la monnaie.
Le café était chaud, il était dégueulasse, il avait le goût de la route.
Elle était énervée.
Elle acheta une cassette audio, des magazines colorés, une bouteille d’eau minérale, et cherchait encore quelque chose de plus.
Il l’interrompit.
-Si on partait?

En pleine ligne droite, elle proclama.
-J’ai faim, j’ai une très grande faim.
-Je voudrais une table immense pour toi et moi avec des couverts en argent.

Elle s’arrêta de parler et dissimulait les mains sous son siège.
Elle était de plus en plus ailleurs et une tristesse envahissait soudainement son visage.
Elle se fermait, se refermait, la nuit se faisait plus profonde.
Il s’appuya fermement contre le dossier du siège, les mains serraient le volant comme un poing tendu, prêt à boxer.
Il fixait au loin les feux arrière d’une voiture qui zigzaguait.
Il augmenta de vitesse pour la rejoindre.

La voiture irait s’écraser et lui à pleine puissance la suivre dans sa trajectoire.
Ses poings serraient plus fortement encore le volant.
L’autre voiture accélérait. Lui aussi.
Elle se baissa davantage, le front appuyé contre le pare brise, ses mains tentaient de saisir quelque chose.
Elle retira de la poche en plastique un revolver.
Il fut tellement surpris qu’il continua à regarder droit devant lui sans rien dire, les gaz à fond.
Elle prit l’arme entre ses mains, ôta soigneusement quelques poussières, puis la déposa sur la plage avant pour la reprendre immédiatement après et la remettre dans la poche en plastique à sa place d’origine. Elle se redressa, alluma une cigarette et se tourna vers lui.
-Ce serait beau de faire exploser la voiture à pleine vitesse juste avant un lieu d’arrivée.
-Je te dirais une fraction de seconde avant la fin finale
-“ Tu es quelqu’un de bien “  et tu me répondrais
-“ Je suis avec toi “.

Il doubla la voiture. Sans s’écraser.

Encore de l’essence à tirer. Plus loin, il s’arrêta à une station service, l’air préoccupé en gardant la main serrée autour du pistolet de carburant, il prenait la pose de rigueur.
La gâchette claqua sa limite juste avant un gargouillement du réservoir. Remugle de bonheur de la voiture. Le sol était gras.
Il acheta une bouteille de vodka, des cigarettes, une boîte de kleenex, du chocolat et retourna une seconde fois pour chercher du whisky.
Elle était très nerveuse sur son siège.
Elle jetait derrière elle l’une après l’autre les revues de mode s’arrêtant seulement un instant sur des titres.  “ 60% des femmes déclarent avoir une double vie ”.
-Cet hiver sur notre route, nous serons sur la neige .

Elle racontait la façon dont elle s’habillerait et le soir se retrouver dans un restaurant avec des bougies sur la table et elle continuait d’imaginer son désir.
-Tu rapprocherais tes jambes des miennes,
-Je m’appuierais un peu plus vers toi pour mieux te sentir et me prenant la main,
tu me dirais,  “ Si l’on faisait l’amour maintenant ”.

Dans l’instant de l’émotion, il prit la première sortie et s’avança dans une campagne éclairée par la pleine lune.
Le relief des plantes sous la nuit le rassurait, et le profil d’une ferme et de quelques maisons à l’horizon remettait un cadre humain à cette vision trippée. Deux silos à grains flanqués de tuyaux latéraux plus clairs les regardaient passer, comme deux dandys subjugués, tubulaires. Les haies étaient velues, lumineuses. Ils étaient protégés.
Il suivit un chemin de traverse et là, devant la barrière d’un champ dans lequel une dizaine de vaches étaient couchées, il coupa le moteur.
Laissa les phares. Les vaches apprécieraient.
Ils sortirent de la voiture chacun avec une bouteille d’alcool à la main.
Ils buvaient.
Elle s’adossa à un arbre.
La musique sortait de la voiture.

Il avala trois gorgées de whisky jusqu’à ressentir la brûlure, puis la fixant,
-Avec ton revolver, t’es vraiment une conne!

Elle ne répondit pas.

Elle buvait, tenant la bouteille de vodka de la main droite, la main gauche pendait le long de son corps avec une cigarette allumée.
La tête en arrière, le regard prostré vers la cime des arbres.
Lui tournait à proximité d’elle.
Il la regardait avec l’envie de la déshabiller.
Elle tendait son visage droit dans la profondeur de cette nuit.
-Je porte ces lunettes noires et cette arme noire contre mon ventre, ce n’est pas une protection, tu m’écoutes? C’est pour m’en servir.

Elle continuait de parler tout en buvant.
-On est tous là pour quelque chose. Tu le sais ça. Tu sais que j’ai besoin de toi.
Elle assénait ça comme s’il y avait faute, comme s’il protestait.
-Tu dois me protéger de lui. Tant qu’il vivra je l’aurai en moi comme une pieuvre avec ses filles nues à chaque tentacule. Un machin écœurant. Ce n’est pas seulement ce qu’il m’a fait qui me blesse, mais au-delà de tout je suis humiliée qu’il existe !
Ma mère allait à l’église et priait pour moi.
L’arme est là et j’y pense tout le temps.
Tous ses « collaborateurs », ses complices, ses larbins… sa petite cour huilée de gominas et de salive aux lèvres. Je les vois bien ramper devant moi, puis je leur colle une balle. Simple.
Tu m’aideras ?
Mon père avait une limousine, le samedi lorsqu’il voyait ma mère il prenait le volant, elle restait à l’arrière avec les journaux du jour.
Il lui demandait de lui lire les titres sans faire de commentaires.
Ma mère me disait,
“Quand je me suis mariée avec ton père, la nuit qui a suivi la cérémonie j’ai rêvé que je trempais sa tête tranchée dans un seau pour la nettoyer de son sang ”.
Ensuite, elle ajoutait,
“Si tu es avec un homme, pense à te marier”.
Mon père ne m’intéresse pas, il a une propriété protégée par de hauts murs et des chiens qui font des tours de ronde mais si on ne le tue pas, je le tuerai.

Il se rapprocha d’elle.
-J’ai envie d’un enfant de toi.

Son visage s’assombrit.
Elle lui prit les mains et l’attira sur elle.
Elle se déshabillait en préservant le plus de temps possible.
L’alcool abîmait sa nuit.

Elle ouvrait les jambes.
-Embrasse-moi.

Il l’embrassa sur les lèvres et lui prit les bras pour les mettre autour de lui.
Elle fermait les yeux à la nuit.
La musique sortait toujours de la voiture,
Il l’éteint en prenant attention à diminuer le volume progressivement pour ne rien briser, et referma doucement les portières.

Ils furent réveillés par la voix d’un fermier qui les invitait à  le suivre.
« Dites ! Les jeunes ! Faut pas rester dans votre voiture là, c’est humide la nuit par ici. Et puis le fils va passer plus tard avec la benne ça va vous déranger. Venez j’ai du chaud pour vous à deux pas.»
Un ton qui n’appelait pas vraiment de réponse. Elle ouvrit la porte et sortit, lui aussi.

Il laissa la voiture avec regrets, et tout en marchant il lui jetait des regards en arrière.
En arrivant près de la ferme, une grosse femme disparut dans l’obscurité d’une porte tandis qu’un groupe d’enfants sales se tenait au montant de la porte. Leurs âges s’étalaient comme une vie sans questions, du petit de deux ans à la grande de treize ils étaient six au total.
-“ Fais-leur du café ” tonna le mâle.

Elle se promenait dans la cour avec ses lunettes noires et s’approchait des animaux semi-libres. Une poule chinoise la suivit quelques minutes, avec ses godillots de plumes. Elle riait. Elle parla avec une jument comme si elles échangeaient des bons plans de fringues.
Elle a bu un grand bol de café avec du lait et a demandé une autre tranche de pain.
Elle s’est penchée sur lui.
-Cela me rappelle la famille de ma nourrice.

Le fermier déposa sur la table une bouteille d’alcool blanc.
-Pour la route. Vous me direz.

Il marchait vite en direction de la voiture.
Elle courait cette fois-ci derrière lui.
Il donna une tape amicale sur les flancs métalliques.
Elle lança une cassette de Drum’n Bass anglaise et lui sourit.
Probablement un mix des deux star deejays londoniennes Chemistry and Storm.
Une des deux s’était tuée en voiture quelques années auparavant. Une icône.
Rien de marqué sur la cassette. C’était juste une supposition, une trace de colle.
Il partit à pleine vitesse, le soleil tapait déjà très dur.
Elle peigna ses cheveux en baissant le pare-soleil.
La frénésie rythmique de la musique collait parfaitement au rythme des lignes blanches au sol. Lorsque les rafales cessaient, des sons paradisiaques se dégageaient de l’arrière plan, elle faisait sauter ses yeux vers les arbres et les vallées au loin. Composait son propre clip. Intégrait les bornes d’alarme et leurs panneaux solaires, les petits panneaux du kilométrage, un pneu déchiré abandonné et chevelu de sa structure en métal éclatée, les traces de freinage d’un camion, un petit batman en tissu tombé d’une main d’enfant, deux ouvriers qui taillent les bernes centrales, les câbles du train longeant leur chemin.

Elle augmenta le volume de la musique.
La voiture se demandait franchement pour qui on la prenait.

La route était belle, absolument droite.
La musique s’échappait du toit ouvert.
Elle s’entoura de ses bras et replia les jambes sous son menton en cachant son visage.

Arrivés à une station service elle se précipita au dehors, arracha brutalement le pistolet de la pompe et s’en servit comme d’une arme en arrosant d’essence tout ce qui l’entourait. Super Barbarella in Fioul Effects,
-Qu’est ce que tu fais?

Elle riait.

L’odeur de gazole envahissait l’air, l’essence coulait sur ses mains, sur les pylônes, sur le sol, giclait comme du plomb chaud.
Il lui arracha le tuyau et raccrocha le pistolet qui crachait ses derniers jets. Elle avait des gestes autistes, il tenait ses poignets et tirait.
Il la projeta avec douceur dans la voiture et claqua la portière.
Elle fit hurler la musique en criant,
-Partons d’ici. Partons, partons, je te dis

Episode 3

La prochaine ville annoncée, il prit la sortie et sans aucune précaution se dirigea vers la première boîte de nuit.
Ils puaient le carburant.
A peine la voiture était-elle garée,
-Et bien, on y va.

Elle était gaie.
Elle baissa son tee-shirt pour découvrir une épaule.
Le portier n’a même pas senti l’essence. L’épaule a suffi comme sauf-conduit.
Une boîte cliché bâtie vers 1985, quand on croyait encore aux faux marbres noirs et aux néons rouges, aux miroirs à loupiottes et aux tapis bleu nuit.
Où dansent d’anciennes secrétaires et de futures esthéticiennes, leurs amants et leurs fils, les voisins et les voyeurs.
Où parade sur le parking la voiture du salaire, où le portier est le vrai boss et le serveur le vrai gourou. Là le deejay n’est qu’un juke-box.
Installés près du bar, un type s’approcha de lui. Trop près.
-J’aime inviter les femmes mariées à danser et si le mari n’est pas content je sors mon rasoir.

Il lia le geste à la parole pour faire voir qu’il disait vrai. Une longue lame de barbier repliée dans son manche d’ivoire.
Elle dansait déjà.
Il commanda un whisky.
Elle se retourna pour lui envoyer un baiser.

Le type au rasoir s’éloigna un peu pour s’asseoir dans le fauteuil en face de lui.
-Si tu veux un peu de surprise, j’ai ce qu’il te faut!
-Tu ressembles au prochain mec que je vais couper en deux. En échantillons.
-T’as le profil parfait de la victime pour ce soir. Je commence par quoi?

Elle quitta la piste pour venir le rejoindre.
-Viens danser avec moi.

Les enceintes crachaient du rock facile. Un truc néo-rebelle avec une chanteuse de lycée.
Il la prit dans ses bras, elle était en sueur.
Elle avait décidé qu’elle aimerait la musique. N’importe quoi.
Il la sentait bien, elle appuya son visage contre le sien.
Il entendit.
-Tu es formidable, je t’aime.

Le rasoir avait disparu. Le portier avait reçu sa pièce.
Dehors, il pleuvait très fort.

Elle pencha son visage en arrière pour absorber la pluie et se rafraîchir de la fatigue.
L’habitacle était encore saturé d’odeur de pétrole.
Sur l’autoroute, il ouvrit toutes les vitres, la musique à fond se prolongeait dans une lente et puissante accélération de la voiture.
Stress brusque. Merde. Il bloqua le frein à main, dérapa en demi-tour à la rencontre des autres voitures, reprit l’accélération à contresens.
Au loin, sur la voie du milieu une voiture lançait des appels de détresse. Elle n’avait qu’à s’écarter; il poursuivait sa stricte trajectoire.
Pour l’éviter, la voiture d’en face en panique totale se crasha contre la rampe de protection et rebondit dans le champ voisin. Deux tonneaux pour finir sa course dans les flammes.
Il ralentit et vira vers la bande d’arrêt d’urgence. Fit demi tour pour repartir posément dans la bonne direction.
-Mais, t’es complètement fou!
-C’était ton père!

Un silence s’était installé. La nuit devenait froide.
Elle avait gardé ses lunettes noires. Elle se repliait sur elle-même.
Il lui prit la main. Elle l’amena près de son visage et la posa sur sa joue droite.
Il arrondit la paume pour plus de douceur, sentit une larme glisser entre ses doigts.
Il avait le regard fixé sur la route et pensait à l’image de la carte trouée par les brûlures de cigarettes comme un plan guerrier semé de bombardements. Ce quelque chose d’inconnu qu’elle cherchait pour faire face. Ce jour où son père était entré dans la salle de bain. Il était resté.
Sous une douche, les mains jointes agrippant le pommeau au-dessus de sa tête, l’eau tiède coulant sur sa nuque. Ses pleurs dans le vacarme des gouttes sur le sol, les chocs de ses coudes contre les carreaux émaillés. Le secret dans le savon.
Elle prend ses bains habillée. Longtemps elle a gardé ses chaussures près de la baignoire, prête à s’enfuir dans la rue jusqu’à être hors d’atteinte.

Il ne parvenait pas à discerner si elle se pénétrait de la pensée du suicide, ou si au contraire elle se préparait au meurtre.
Il essayait de repérer des indices mais elle était très secrète, par moment totalement braquée à la limite du caractériel.
En crise elle était capable de replier ses jambes, la tête entre les genoux bloquant ses oreilles et d’ainsi disparaître dans une tension pure. Sorte de léthargie nerveuse qui pouvait durer une bonne heure. Alors il attendait, résigné, un peu triste. Elle quittait toujours ces états d’immobilité par une colère détruisant tout ce qui était à sa proximité. Alternativement, il tentait de limiter la casse ou laissait faire et payait la note d’une tranche de plastique magnétique.

La voiture abandonnée roulait toute seule, elle aussi oubliait l’origine de l’histoire et s’émerveillait de cette longue route, celle des températures et des revêtements de sols différents, des rebords en gazon bien entretenus, des odeurs de carbone familières, des stations services où elle aurait voulu rester toujours plus longtemps. Elle n’aimait rien tant que la country music vaseuse qui sortait des petits haut-parleurs cylindriques plantés dans le plafond, au dessus des pompes. Un son éloigné où roucoulent les guitares texanes et les crooners de compilations. Et ce toit c’était presque son église, son amour. Plantée sur deux à quatre pylônes selon les stations, une énorme aile prête à se décrocher, soulevée par la lumière et les vapeurs de carburant.

Un gros pick-up noir les dépassa, la musique à pleins tubes, une blonde épaisse en body moulant de lycra blanc sortait à moitié par la fenêtre et criait « go fuck yourself ! ». Elle rit. Lui aussi. Il était content de ne pas rouler en pick-up. Elle était contente de ne pas être une blonde épaisse.

Chaque nuit nouvelle, l’amour qu’elle avait pour lui prenait de l’importance.
Les phares trouaient l’obscurité, le son de la radio était faible. Longues ondes.
Il laissait les villes derrière lui. Il fixait le lointain, elle s’enfermait dans son silence.
Lui se construisait des questions et des réponses.
-Amour, si l’on se séparait maintenant, comme ça tu peux poursuivre ton affaire!
-De quoi parles-tu, de quelle affaire?
-Ce que tu planques sous le siège et puis ce que tu racontais l’autre nuit, tes histoires de meurtre, c’est quoi tout ça ? Si on se séparait maintenant, tu ne crois pas que ce serait une bonne idée ?

Les pensées se répondaient et se répercutaient sur l’action immédiate. Elle hurla. Toute sa force était concentrée dans un cri long, puissant, arraché comme un membre. Ses veines marquaient le pouls aux tempes, au front, aux mains, toute sa peau hurlait. Lâchant son poids brusquement sur la pédale des freins il immobilisa la voiture. Elle ouvrit la portière instantanément, sortit et la claqua violemment. La voiture eût un sursaut.
Elle marchait sur le bas-côté de l’autoroute, nerveusement, sans se retourner.
Il ne bougeait pas. Il la suivait du regard en ouvrant la vitre de son côté.
Elle devait sentir son regard sur elle qui testait la mesure de sa colère et l’ampleur de son attachement pour elle.
Il attendait qu’elle revienne. Il ne la voyait plus malgré la puissance des phares. Depuis plusieurs minutes.
Il roulait au pas en balayant la bande d’arrêt d’urgence, fit plusieurs centaines de mètres, beaucoup plus peut-être.
Les buissons faisaient place à de longues palissades en plastique vert, la voiture s’arrêta. Il était sur un pont mais de la route on ne devinait rien.
Un bout de route comme un autre bout de route, rien de spécial. Juste les murs verts. Il décida de rester plaqué contre cette balustrade. Rester là et attendre.

La voiture était constamment soufflée par le passage des poids-lourds. Supportable en soi, mais après une heure un nouvel élément a surgi. De temps en temps c’était un camion bleu et abîmé, alors il fallait compter jusqu’à huit, et une odeur épaisse de yoghourt rance et de viande moisie s’écrasait sur lui dans la cuvette formée par les rambardes. Et le nuage de pourriture restait longtemps avant que le mouvement des véhicules ne pousse l’air vicié hors du tube routier. L’évacuation d’une décharge en pleine nuit ou un truc du genre. Avec un rien d’habitude l’approche de leurs vieux moteurs était reconnaissable, il comptait jusqu’à huit et bloquait ses sinus. Jamais vraiment assez longtemps pour ne rien sentir. Quinze ou vingt de ces bombes infectes passèrent avant qu’il n’oublie cette gymnastique.

Le soleil le réveilla.
Elle était là, devant le capot de la voiture, avec des fleurs à la main.
Elle jeta les fleurs.
Il mit le contact et se dégagea de l’accotement.
Elle ouvrit la portière, s’assit en la refermant d’un mouvement toujours empreint de colère.
Elle se tourna vers lui, l’empêchant d’un geste de démarrer.
-Ecoute-moi bien!
Ne cherche rien en moi comme ça. Et surtout, surtout ne me pose pas de questions.
C’est assez clair?
Sans réplique attendue, elle déplia son paquet de Rizla, en tira deux feuilles qu’elle colla d’une langue, et cassa une cigarette pour la vider en la tordant plusieurs fois.
-Amour, le soleil est là. Cherchons un lit.

L’hôtel en bordure d’autoroute était aussi large que haut. Autour des fenêtres des chambres, d’énormes alvéoles de fausse ruche en béton étaient la seule prétention architecturale de ce bloc à dormir. L’ombre de la façade arrière emplissait le parking.
Il demanda une chambre, la plus élevée donnant sur cet extérieur.
Il ne voulait ni entendre ni voir le trafic autoroutier de la journée.
Le décor voulait s’inspirer de l’univers des abeilles. De grands morceaux de cire alvéolée trônaient dans des pots de miel posés sur une étagère. Les escaliers étaient couverts de vinyle ligné jaune et noir. Le logo, une petite abeille qui dort, était partout. Le tapis des couloirs, le miroir de l’entresol, les lampes, les murs, les clefs, putain d’abeille.
-Et ici à votre droite vous avez une bouilloire électrique et les dosettes de café, de thé ou de chocolat.
-Dans le couloir ? Comme ça ?
-Les tasses et l’eau sont dans les chambres monsieur.
L’employé portait aussi une cravate et un gilet lignés jaune et noir. On frisait le comique de répétition.
Il poussait de l’épaule la porte de la chambre qui frottait contre le tapis.
Elle se glissa dans la salle de bain miniature et tourna le verrou en ayant pris soin de prendre ses affaires dont la poche en plastique.
Lui resta un instant adossé à la porte d’entrée, le regard fixé sur le petit mot en rouge bordé de métal sur l’autre porte: Occupé.
Il ferma les rideaux avec précaution, cette fois pas un filet de lumière ne devait percer.
Assis sur le bord du lit, il l’appela.
Elle ne répondait pas, mais le rouge tourna au vert dans la serrure.
Elle maintenait la porte entrouverte avec sa main gauche derrière le dos.
Elle était toujours habillée, mais son regard avait changé.
Elle vint s’asseoir sur le bord du lit et s’allongea.
Elle tendit les jambes serrées l’une contre l’autre en relevant la pointe de ses chaussures.
Il enleva délicatement celle du pied droit et ôta l’autre plus rapidement.

En gardant ses jambes toujours tendues, elle défaisait la ceinture de son jean pour l’ouvrir.
Il tira sur les deux tubes du pantalon tandis qu’elle se relevait légèrement, s’aidant de ses deux mains.
Lentement son corps flotta vers le vide. Elle glissa avec la couverture, se raccrochant vite à lui, précipitant l’écroulade des deux.
Ils se retrouvaient sur la moquette dans la position heureuse de leur chute, hilares.
Une faible lumière traversait la trame du rideau qui s’imprimait sur ses épaules, ses seins, ses hanches.
Il prit un coussin pour lui mettre sous la tête en replaçant ses cheveux.
Allongé près d’elle, il fixait son ventre qu’il aurait voulu voir grossir chaque jour.

Le téléphone sonna, comme le sifflement d’une balle.
Il décrocha, réflexe, surpris tout de même car il avait demandé à ne pas être dérangé. Il décolla ses lèvres en articulant un allo.
On la demandait. D’un bras levé du corps encore endormi elle lui arracha le combiné des mains.
Il avait identifié une voix d’homme. Elle ne répondait rien, s’était redressée. Quelques minutes, trois.
Elle raccrocha tout en maintenant la main sur le combiné, le front appuyé contre le mur de la chambre.
Elle se précipita sur la poche en plastique, ramassa l’oreiller, le posa sur le lit, mit l’arme dessous et se coucha en disparaissant sous les draps.

Un quart d’heure avait passé. Il croyait retrouver le sommeil.
-Habille toi, dit-t-elle, nous partons. Je te retrouve à la sortie opposée.

Il paya la chambre sans demander de détails.
Dehors, personne, sa voiture était seule à proximité de l’entrée.
L’intensité du trafic, cette course inconnue, ces allers et retours de sentiments le rendaient fou.
De l’autre côté, il ne la voyait pas non plus.
Quand cesserait elle de disparaître sans prévenir?
Mais rien n’était grave tant qu’elle revenait.
Il fit marche arrière jusqu’à la station voisine de l’hôtel sur l’aire.
Elle sortait des toilettes avec une tasse de café.
Elle était calme et n’avait pas ses lunettes noires.
Ce jour là elle aimait ses hanches et elle marchait pour elles.
Elle finissait le fond du café en passant devant lui, silencieuse.
Désinvolte, elle jeta le gobelet en plastique vers une poubelle qu’elle rata. Le gobelet rebondit sur le sol, et roula en rejetant le jus brunâtre de café sans sucre.
Elle monta dans la voiture, baissa complètement le dossier du siège et s’allongea en prenant soin de se recouvrir la tête avec son blouson.
Il roulait à pleine vitesse sur la dernière voie, stable. Le bitume frôlait à peine les pneus.

Elle dormait depuis longtemps. Lui ruminait ce coup de fil en silence, détaillait toutes les hypothèses.

Ils se retrouvaient maintenant dans une belle ligne droite entourée de masses vertes.
Il fallait trouver un autre hôtel. L’intensité du soleil fléchissait.
Il décida de quitter l’autoroute pour descendre dans cette masse de verdure.
Une sortie se présenta, il choisit le nom de village qui était le plus bucolique, suivit sa direction.
Elle dormait toujours.
Il l’aimait.

Episode 4

La route avait perdu son point de fuite dans l’infini, il roulait doucement.
Il traversait le paysage comme un lieu qu’il habiterait un jour. Repérant la ferme pour les oeufs, le point d’eau, le chemin.
Sur la gauche, à l’écart d’un tournant de la route, une maison bourgeoise haute et carrée recouverte en partie de lierre.
Il s’arrêta à l’écart de l’entrée en terre battue.
Sur le fronton, le mot “ Hôtel “ à peine visible rendait compte d’une époque plus glorieuse.
Un tapis bordeaux très usé centrait les trois marches de pierre blanche de l’entrée. La toile était retenue par de belles baguettes de cuivre ancien.
Les porte-clés des chambres sur le petit tableau avaient une certaine classe art déco.

-Madame, avez-vous une chambre?
-Mais, oui monsieur, au rez-de-chaussée. Celles de l’étage sont fermées depuis longtemps. Maintenant, avec cette autoroute, plus personne ne s’arrête ici, ce n’est plus comme avant lorsque mon mari était de ce monde. Evidemment il fallait bien…
Il l’interrompit.
-Je peux voir les chambres?
-Allez-y, les portes sont ouvertes.

Il se décida pour celle du milieu au fond du couloir qui était la plus grande avec une salle de bains et une vieille robinetterie.
La salle de bain était séparée de la chambre par une porte avec une clé, c’était le plus important.
Et puis la chambre était vraiment jolie. Les appliques murales en bakélite et les papiers muraux clairs aux reliefs géométriques le ramenaient à son enfance.
Les gros boutons bombés annonçant Chaud et Froid en écusson d’émail sur le robinet l’avaient amusé.
-J’ai choisi celle du milieu, mais je prends également les deux autres car ma femme en ce moment est très sensible au bruit, elle ne supporte aucune présence et il lui faut du repos.
-Mais, monsieur, il n’y a personne.
-Ça ne fait rien.
-Combien de temps restez-vous?
-Si ma femme se plaît, alors quelques jours, le temps qu’elle se sente mieux.
Elle est enceinte et elle est très angoissée.
-Ah vous attendez un enfant, quelle chance, mais monsieur, si je puis me permettre…
Il l’interrompit de nouveau en filant à l’extérieur.
-Je reviens, je vais prévenir ma femme.

Il glissa la main dans le blouson endormi, tâtonna vers la joue.
Elle sursauta et chercha ses lunettes noires.
Elle franchit le seuil, la patronne lui dit “ Bonjour madame ”.
Elle passa devant elle sans la regarder ni lui répondre.
Il la précéda pour lui ouvrir la porte.
La propriétaire était pâle, vexée à mort.

Il referma la porte à clef.
Elle ouvrit la fenêtre, enleva ses lunettes et se fixa, immobile devant le fond relevé du paysage, un air nouveau venait de balayer ses souvenirs obscurs.
-J’ai faim.

Elle le regardait.
-Je ne sais pas ce qui m’arrive mais je t’aime. C’est extraordinaire et ça fait peur.
Tu sais ce dont j’ai envie ?
J’ai envie de champagne et d’un oeuf dur, et n’oublie pas de demander du sel!

La patronne était à quelques pas de la porte de leur chambre.
-Madame, son docteur m’a recommandé de bien veiller à lui donner ce qu’elle demande.
Elle veut du champagne et un oeuf dur.
-Oh mais monsieur, je la comprends, je me souviens lorsque j’attendais le premier de mes deux fils …
-Vous m’excusez, il faut que je reste près d’elle.
-Bien bien. Ne vous inquiétez pas. Je m’occupe de tout ça, et les oeufs viennent de mes bonnes poules.

Il frappa légèrement à la porte et rentra.
Elle était assise sur le rebord de la fenêtre et fumait.
Il secoua la bouteille de champagne en l’inclinant vers la perspective des champs, le bouchon sauta.
Elle mit un doigt dans la mousse et la posa sur son nez puis sur le sien.
-Fais-moi un enfant tout de suite.

Il déposa l’œuf sur le goulot de la bouteille.
Il la serra contre lui.
Elle l’appela par son prénom, c’était rarissime. Elle embrassa ses épaules, appuya sur ses pectoraux lentement avant de les remonter des paumes.
Leurs langues glissaient ensembles, et elle mordait les bords de sa bouche, mais en quelques gestes son euphorie se mua en fureur, son visage était tordu de veines, de plis et de traces de larmes. La colère la bouffait.
-Reste près de moi, surtout ne bouge pas, c’est peut-être la dernière fois que nous sommes ainsi l’un contre l’autre.

Une aiguille en plein cœur. Elle lui annonçait quelque chose et il n’arrivait pas à comprendre quoi. Il savait juste que ça allait être dur.
Le soleil annonçait sa descente, le vert du paysage se durcissait.
Ils finissaient le champagne.

Le corps prostré, elle prit l’œuf dans la main gauche, et de la main droite laissa couler un mince filet de sel sur le sommet, formant un cône fragile dont une part glissait au sol.
Il ferma la fenêtre, tira le grand rideau vieilli et alluma les lampes de chevet.
La femme était dehors, assise sur une chaise adossée au mur.
C’était le moment pour une promenade.

Il la prit par la taille, elle eût un geste de recul.
Il lui prit les mains, elle le repoussa en riant.
Elle recula, le bras droit tendu avec la main, mimant une arme.
Elle fit un tour sur elle-même pour s’arrêter net, l’arme sur la tempe.
Elle laissa tomber ses deux bras le long du corps.
Il voyait ses seins sous son tee-shirt.
Le chemin était pierreux, elle se baissa pour ramasser quelques cailloux et les jeter haut vers le ciel.
Ils retombaient au milieu d’eux.
-Tu vois, c’est l’image du bonheur, tu l’attrapes, tu crois le tenir mais il ne te donne que les émotions de sa chute.
Elle sortit ses feuilles et roula son joint en marchant, pestant lorsqu’un peu de tabac tombait de son bricolage à cause du vent.

La promenade se poursuivait dans une tension mêlée d’une odeur de fin d’histoire.
Il avait envie de se retrouver au volant, elle lui parlait le magnétophone à la main comme au début du voyage. Il s’approcha d’elle. Elle se serra contre lui en posant son visage contre son épaule.

La femme se leva pour installer une table dehors, à la lumière d’une ampoule jaunie qui pendait presqu’au milieu des deux assiettes.
Elle alla chercher son blouson et mit du temps à revenir.

À table, elle ajusta ses lunettes noires, resserrant ses coudes très près du corps à tel point que ses gestes en devenaient étroits, les doigts bizarrement cagneux. Elle avait du mal à manger la nourriture qu’elle piquait de sa fourchette en minuscule quantité, puis la maintenant suspendue en l’air avant de la reposer dans l’assiette dans une chute dégoûtée.
Elle ne parlait pas. Elle ne répondait pas à ses paroles. Elle se resserrait encore plus sur elle-même.
La femme les observait de sa chaise.
Il lui servit un verre de vin, comme un signe gentil. Elle le repoussa, se leva et partit en direction de la chambre. Il rejoignit la chambre le temps d’avoir fumé une cigarette -ça lui arrivait uniquement quand les questions étaient trop envahissantes- et de saisir l’hypothétique suite.
La porte était fermée à clef, elle mit du temps à ouvrir. Elle était nue et s’était couchée en ne gardant que la lumière de la salle de bains. Ses sous-vêtements séchaient sur une serviette.
Elle vérifia quelque chose dans sa pochette posée sur l’appui de fenêtre, un bruit de boîte de médicaments plastique et alu, puis elle fila dans les draps encore chauds.
Il voulut allumer une cigarette, l’allumette cassa. Il en prit une autre.
-On doit faire demi-tour tout de suite!
Je dois être dans cette ville le plus tôt possible, nous roulerons toute la nuit et même le jour si il faut.
-Moi, je reste ici. C’est bien ici.

Essai raté. Elle se leva, s’habilla et comprima ses sous-vêtements mouillés dans la poche en plastique qui contenait l’arme. Elle ouvrit la porte.
Il la saisit par le bras.
Elle essaya de se débattre.
-Bien, ok, nous partons.

Elle était vexée et distante.
Il rentra dans le salon, la femme regardait le film du soir.
Elle filait vers la voiture sans l’attendre.
-Nous partons.
-Mais, vous n’avez même pas utilisé la chambre!
-Je vous paye, j’y tiens.

La femme se tenait sur les marches, les regardant partir.
Elle repoussa du pied un petit caillou qui avait osé se poser sur le tapis bordeaux.
Il accéléra, laissant se dégager un nuage de poussière en patinant dans la caillasse.
Le chemin, la ferme, l’étang.

Elle releva le dossier du siège pour une position très verticale.
-Tu dois prendre la prochaine entrée d’autoroute et revenir en arrière.
N’oublie pas, sinon, je sors de la voiture!

Le ton était impératif, pourtant une magie surpassait les tensions, le silence se chargeait d’une perspective positive. Il avait pris la direction demandée et elle s’était détendue.
Elle se tordit entre les fauteuils pour passer à l’arrière en évitant le levier du changement de vitesse.
Pas d’autre voiture sur l’autoroute.
Elle bougea beaucoup pour enfiler un pull puis elle se maquilla.
Il roulait sur la voie du milieu, le paysage se découpait sous les phares.
Elle enjamba le dossier.
-Regarde-moi.
Je te plais?
Elle l’embrassa.
-Tu sais que je t’aime et je crois que je suis enceinte.
Une chaleur soudaine l’envahit.
-Dis! Tu t’occuperas de lui si jamais je m’en vais ?
Il posa la main sur sa bouche pour lui interdire de parler plus longtemps.

Il ne reconnaissait plus la route.
Elle tendit les bras, les mains refermées et appuya son front sur le pare-brise.

-J’ai toujours en moi le désir de tuer et tout à l’heure c’était là, urgent. La scène se formait, lucide comme un appel.
-Il ne faut pas m’en vouloir, tu dois contourner ça.
-J’attends, je lui laisse du répit.
Je le laisse se vautrer dans ses auges pleines de filles et de frères indignes.
Un jour j’ai ouvert la porte de son bureau, ils étaient trois. Une femme à genoux, lui, et un de ses petits barons qui essayait de la lui racheter. Cash ! Pour la nuit seulement. Les enchères montaient, je suis restée là, il m’a vue « Ah, que je te présente ma fille chérie. Elle par contre n’a pas de prix ! »
Je le retrouverai et je le tuerai.

Son visage était de nouveau doux.
Elle fouilla dans son sac de cassettes, en sortit une très vieille Maxell Ferro qu’elle enfourna dans le lecteur, monta le son quasiment au maximum, ouvrit le toit et se leva au dehors. L’air immobile frappait son visage en mouvement, elle mâchait du vent. Un flot de sons sortit des portes.
La voix d’Anne Clark clamait ses slogans électriques
“As a sleeper in Metropolis, you are insignificant”.
Elle était comme à la proue d’un navire fixant l’horizon bleu étoilé.
Il ralentit, elle se baissa. Elle devait crier pour couvrir la musique.
-Là-bas, c’est la direction de l’hôtel où je t’ai aimé.
“… we fight our insignificance. The harder we fight, the higher the wall.”
Il alluma une cigarette et la lui donna.
La cigarette retournée envoyait des filaments de lumière brève.
“… the society-created paranoia. All contacts through gloves.”
Elle la jeta et se mit à frapper sur le toit de la voiture, un poing après l’autre avec haine.
“No shadows will replace the warmth of your contact.”
- Je le tuerai, je les tuerais tous, les uns après les autres!
Maintenant, accélère!

(à suivre)