DETACHMENT DE TONY KAYE : VISION SIMPLISTE DU SYSTÈME ÉDUCATIF AMÉRICAIN OU ŒUVRE D’UN PURE ARTISTE SUR LE MAL ÊTRE DES INDIVIDUS ?

Certains voient dans Detachment le « pire du cinéma américain ‘ indé ‘ » qui sert une vision simpliste et moralisatrice du système éducatif américain. Pour ceux-là, Tony Kaye donne dans le visuellement arty. Il utilise sans justification toutes les techniques cinématographiques possibles et imaginables : adresses au public, voix off, utilisation de la super 8, de la caméra à l’épaule… ces effets visuels tape-à-l’œil et techniques m’as-tu-vu n’ont pas d’autre objectif, pour les détracteurs de ce film, que de cacher une œuvre sans fond qui n’a en réalité strictement rien à dire. Selon eux, le film ne fait qu’effleurer son sujet sans jamais se confronter au véritable problème complexe et épineux de l’éduction. Bref, c’est un film qui se croit intéressant sans en fait, l’être une seconde pour le spectateur qui pourrait se laisser berner par l’enveloppe joliment « indé » et arty de ce film de faiseur de clips.

Mais ceux-là se sont-ils posés les bonnes questions ? Passe-t-on réellement à côté d’un remake mélodramatique du très bon Entre les murs français ? Et surtout, est-ce vraiment le sujet du film ?

detachment tony kaye

Il semble que plus que de l’éducation, Tony Kaye s’intéresse au mal-être, au désespoir… que ces personnages incarnent. Un professeur (Adrian Brody) débarque dans une ZEP de l’Etat de New York. Face aux menaces, aux sarcasmes et à l’absentéisme des élèves, le professeur reste de marbre. Sa méthode pédagogique marche à merveille. Facile, mais on s’y attend et un tel idéal de noblesse laisse sans voix. Cependant, Tony Kaye, le réalisateur d’American history X, est loin de plonger dans l’angélisme. Certes, le scénario est bidon, et finalement, on ne s’intéresse pas beaucoup à l’éducation. Mais qu’à cela ne tienne, l’important est ce que fait ressentir le film, et certaines scènes serrent le ventre. Le cinéaste arrive à capter le désespoir des personnages face à un système éducatif qui part en lambeaux. L’utilisation à outrance de techniques cinématographiques perd un peu le spectateur, mais livre également quelques bijoux de mises en scène et de mises en images empreintes d’émotions et de poésie. Enfin, Adrian Brody et les autres (Marcia Gay Harden, Lucy Liu, Christina Hendricks, James Caan… ) acteurs premiers de la classe, servent une interprétation digne et subtile pour donner à leur personnage toute la profondeur nécessaire.

Il est vrai, on peut reprocher à Tony Kaye de ne pas savoir par quel bout prendre son histoire et son personnage : fait-il un état des lieux désespéré du système éducatif américain ou bien le portrait psychologique d’un homme retranché (détaché même pour se protéger) que la vie met devant ses responsabilités ? Et c’est là que les deux lectures sont permises, car le réalisateur laisse au spectateur le choix de ce qu’il a envie de voir. Les détracteurs verront alors un remake complètement loupé d’Entre les murs ou un sous Esprits rebelles, qui passe complètement à côté de son sujet. Alors que les autres verront le film d’un pur artiste, Tony Kaye est aussi peintre, sur un homme entre détachement et responsabilité qui finalement va se reconnaître à travers une gamine perdue, interprété par un Adrian Brody qui n’a jamais été aussi bon depuis Le Pianiste, apportant sensibilité et fragilité à ce personnage écorché.

Finalement, la seule erreur de Tony est de laisser le choix au spectateur du vrai sujet de son film, chacun y verra et appréciera ce film selon l’angle qu’il aura envie de prendre.