MEMORANDUM, SUITES ET ONDULANTES DE SAM MOORE

Nous retrouvons les aventures de Sam Moore aux alentours de la Chapelle du Genêteil.

Sam Moore s’en était bien tiré. Il avait assisté jusqu’à la fin à l’envolée des éléments. Tout avait été comme aspiré par le haut.
La Chapelle était de nouveau vide.
La société des surgelés venait d’arriver sur le terrain, quelqu’un les avait appelés.
Elle venait récupérer les résidus que les machines avaient laissés. Sans doute pensait-elle qu’un nouvel amalgame pourrait se faire. C’était la première fois que j’assistais à leurs inspections, tel un état des lieux. Chaque coin allait être passé au peigne fin.
L’angle à gauche de l’entrée, celui qui fait office de filtre, un angle où on pense à une pratique de l’élevage de poussière, un angle travaillé, argumenté comme étant le seul intrinsèque au corps de l’enveloppe. Un angle qui se suffit à lui-même et de peur sans doute qu’il nous échappe, ou bien parce que nous avons peur de l’angle mort, nous lui collons des aspects fonctionnels. Boîtier d’alarme, extincteur à incendie, raccords électriques, bref tout un tas de fonctions sécuritaires. C’est précisément dans ce coin que la poussière va s’y déposer, et qu’on va pouvoir y retrouver des éléments provenant directement de l’extérieur. Une porte qui s’ouvre, un coup de vent, vagabondes, les pensées s’agglutinent.

Outsider,

Il a choisi deux bûches, l’une est d’un diamètre d’environ 25 cm, son écorce est régulière et plutôt lisse. Son bois est dur, ses fleurs sont jaunes, petits flocons parfumés. Le bois de mimosa est compact. La bûche n’a pas ses fleurs mais je les sens. Un parfum envoûtant.
La deuxième est plus fine et longue, son écorce plus épaisse est brute. Des pousses s’y accrochent. Une articulation semble y prendre corps, résineux sans aucun doute. Son coeur a la voix claire, plus tendre à son étreinte mais plus dur est son détachement.
Il est attiré par la taille de l’un mais l’aspect brut de la seconde convient davantage.
Ces deux bûches sont posées sur le carrelage blanc comme en attente d’une révélation. Il les a extraites d’un tas de bois en attente d’être utilisé comme bois de chauffage. Et elles sont là posées sur leurs troncs, révélant pour la première fois leurs courbes comme si seulement aujourd’hui la forme comptait.

Mais de quel bois je me chauffe, dira sans doute Sam Moore, avant d’enfiler sa bûche sur la basse branche d’un bouleau. (extrait de AH La pipe du corbeau in Piacé Le Radieux, Commissariat pour un arbre, 2014)

Dans un certain arrangement, matériel et prise de notes,
La tablette tactile ne la laisse pas faire le circonflexe, une série de lettres vient s’agglutiner à la suite d’un e.
Les réflexes tactiles ont sans doute un pet, ou bien la connexion ne se fait pas au niveau des divers accents. La tablette a son accent, difficile à plier.

Papillote et tentative de raccord à l’angle,
Hier j’ai vu la tour celle qu’on a dit avoir disparu sous un nuage de pollution, faribole et controverse, by night
Elle était radieuse.
Parise

Raccourci  sur le devant
Les vrombissements du dehors se mêlaient aux klaxons, des pointes commesi nous étions dans le coude de la route, les motos pétaient, ronflaient dans un temps, tel une boucle.

Aux abords d’une piste de course, pétaradante

Puis le son s’est comme dissout, plus lointain… Les sons des particules ont repris le dessus.
L’échafaudage apparaissait sur le mur du fond,

Le parterre du bas de la tour était magnifique.
COMMENT SE POUVAIT-IL QUE SAM MOORE ÉTAIT passé maintes fois sans l’avoir remarqué.
La journée était radieuse.  Son sourire enchanteur.
Le foisonnement des herbacées, serrées les unes contre les autres comme pour garder à juste titre leur humidité. De cette densité jaillissait, le tronc d’un palmier, lui aussi bien garni. Il semblait comme un micro climat sur cette petite parcelle de terre il/elle, qu’on ne voyait plus du reste mais qui nous projetait sous les tropiques.
Un seul regard avait suffi à Sam Moore pour en tomber éperdument amoureux. Il avait tenté de s’approcher, près du palmier, tentant l’appui tel une sculpture antique,
mais les herbes folles l’en avaient empêché. Il se demandait alors comment il pourrait aborder la chose. L’idée lui était alors venue de procéder par gesticulations et gymnastique.  A un moment donné il serait pris dans le mouvement et la magie opérerait sans doute pensait-il. L’attitude cependant désinvolte donnait à ses pas la mesure de son engagement, déterminé, franc et joyeux.
Il commença en marchant sur les mains puis sur une pour mieux se déplacer entre les folles qui s’émoustillaient davantage à la vue de l’inconnu.

Tout avait été alors perché.

A première vue, l’espace semblait complètement vide, légèrement plongé dans la lumière tombante de la nuit.
J’avançais d’un pas cependant peu rassuré, un grésillement se faisait entendre, il me semblait que nous étions épiés.
Je parcourais l’espace de la nef centrale d’une traite sans me retourner, en me disant qu’à l’autre bout, la petite porte à gauche de l’arche apporterait la lumière. Elle était éclairée, la porte elle-même était lumineuse. Elle semblait dire regardez-moi, cela suffit. J’étais fasciné par cette luminescence qui s’en dégageait. La lumière commençait à onduler. Ses ondulations se prolongeaient, l’arche semblait lui aussi atteint de flexions flocages et quintessences. Je portais alors mon attention sur le haut des murs, puis le toit, la voûte étaient quant à eux lisses. Je découvris alors avec stupeur tout un ensemble de structures, mobiliers et sculptures en suspension dans l’espace.
Ce qui m’avait semblé vide au premier abord, n’était en fait qu’une illusion, l’espace était envahi. Les modules qui s’articulaient lentement empruntaient un certain esthétique muséal, en déroulé la visite s’organisait. Vitrine sur pieds et pieds suspendus. Béances. Tout reposait alors sur le vide. Les vitrines elles-mêmes étaient vacantes où plutôt semblaient avoir été vidées. Une suspension dans le temps. Le grincement grésillement était à présent beaucoup plus fort. Et je venais de découvrir d’où provenait ce son. Un bras mécanique fixé sur l’une des poutres centrales de la voûte, se déplaçait en cercle concentrique sur les parois des vitrines. Les bras étaient munis d’un diamant fin. Leurs pointes ouvraient la vitre. Les vitrines semblaient comme grignotées. Dans chacun des trous, une main aurait pu s’y glisser.

Anabelle Hulaut, été 2014.