Les utopiales – Nantes, de 2017 à 2018

Littérature, conférences, tables rondes, cinéma, exposition, Le Festival Les Utopiales aborde la science-fiction sous tous ses aspects culturels. L’année dernière, la cité des congrès de Nantes accueillait la septième édition placée sous le thème du temps. Avant de revenir début novembre, dans ces colonnes, sur la saison 8 avec pour enjeux le corps dans tous ses états, un retour sur les projections cinématographiques de 2017 s’impose. Miléna Massardier en explore les dimensions romantiques.

L’explorer, le prédire, le modifier ou nous en montrer la fin, lorsque le cinéma de science-fiction joue avec le temps, il ne donne pas cher de notre peau. Surpopulation, dérèglement écologique, pollution, expérimentation entrainent l’espèce humaine vers des futurs dystopiques. Mais si nos failles nous mènent à notre perte, il semble que seule notre humanité peut nous sauver.

Les réalisateurs de science-fiction seraient-ils de grands romantiques ? 

La question semble légitime lorsque l’on regarde les deux long-métrages français Cold Skin de Xavier Gens, Hostile de Mathieu Turi et le blockbuster russe de Fedor Bondartchuck Attraction, tous trois en compétition. Dans le premier, nous suivons un officier météorologique de l’armée fuyant les turpitudes de l’amour pour débarquer sur une île perdu dans l’antarctique. Ayant pour seule compagnie un vieux gardien de phare à la santé mentale plus que défaillante, le héros doit faire face aux assauts de créatures marines inquiétantes. Avec l’adaptation du roman catalan La peau froide d’Albert Sánchez Piñol, Gens entreprend un retour réussi après cinq ans d’absence. Si la photographie évoque les tableaux de Caspar David Friedrich ou les carnets de voyage de William Turner, cette plongée dans l’âme humaine au confins de la solitude a paradoxalement quelque chose de très lovecraftien. S’interrogeant sur notre rapport au mœurs et ce qui fait de nous des êtres doué de raison, le réalisateur expose l’homme abandonnant le masque de la civilisation pour retrouver sa sensibilité au monde, quitte à frôler la folie. Malgré une narration qui aurait gagné à étoffer un peu plus les personnages, Xavier Gens présente une bande fantastique emprunt de sensibilité, un conte horrifique faisant honneur au mythe de la sirène, trop souvent galvaudé par le cinéma.

"Cold Skin" de Xavier Gens, 2017

“Cold Skin” de Xavier Gens, 2017

Hostile, lui, se déroule dans un monde post-apocalyptique où Juliette tente de survivre. Blessée dans un accident alors qu’elle est en mission de ravitaillement, elle doit faire face aux monstres noctambules qui peuple la terre. A la nuit tombée, elle devra résister aux attaques d’une créature qui semble lui en vouloir particulièrement. Construit sur un système de flashbacks où l’on découvre le passé de Juliette avant l’écroulement du monde, le premier long-métrage de Mathieu Turi propose un mélange des genres : film horrifique pour la partie survivaliste, romantique pour la section des flashbacks. Malheureusement, cette approche ne permet pas d‘échapper aux poncifs des deux genres. En dépit d’une introduction prometteuse, d’une belle photographie et d’un décor naturel Mad Maxien (qui semble être devenu l’unique référence pour le post-apo), le film subit des raccourcis scénaristiques éculés (la radio qui ne fonctionne pas quand il le faudrait, un grand classique) et des stéréotypes rédhibitoires (Juliette se voit sauvée d’une vie de débauche par un galeriste français expatrié à New-York qui la drague en lui offrant du camembert !), l’ensemble brisant tout processus d’identification et d’empathie. Ici, la trame romantique, indispensable aux yeux du réalisateur pour conclure son film, ne s’écarte pas du schéma misogyne hollywoodien, et nous offre un premier essai pas vraiment concluant.

"Hostile" de Mathieu Turi, 2017

“Hostile” de Mathieu Turi, 2017

La surprise pyrotechnique de ce festival était sans aucun doute Attraction. Film à gros budget importé de Russie, on suit les péripéties d’un groupe de moscovites ayant survécu au crash d’un vaisseau extra-terrestre sur leur quartier. On s’attarde plus particulièrement sur le personnage féminin de Yulya qui, sauvée par un des aliens qu’elle sauvera à son tour, pour s’éprendre tout deux d’une relation romantique. Il faut dire que les russes ont bien compris la recette hollywoodienne : Beaucoup d’action, un léger discours écologique (le vaisseau spatial fonctionne avec des moteurs à eaux), des dilemmes moraux, un triangle amoureux… On saupoudre le tout d’une petite propagande patriotique et d’une prise de position pro-immigration et on obtient, bizarrement, une fiction russe. Sans oublier le plus important : la romance. C’est elle qui nous sauvera. Rappelez-vous ce que nous dit Hollywood : l’amour est notre salut et Fedor Bondartchuck s’en souvient. Alors ça pique les yeux et explose les tympans mais on sort de cette expérience quelque peu interdit. Au jeu de la grosse production, le russe talonne de près ses concurrents américains. Certes, les défauts sont les mêmes (manque de profondeur des personnages, raccourcis scénaristiques, sentimentalisme simpliste) mais la qualité des images, la bande-son pop et le dépaysement en font un film plaisant. A choisir entre cette bande et un énième Iron-Man, on se laisse volontiers entrainer sur les terres russes.

"Attraction" de Fedor Bondartchuck, 2017

“Attraction” de Fedor Bondartchuck, 2017

Le romantisme traverse aussi bien le temps que les court-métrages de cette session 2017.  Il est poétique et sensible dans Nimmer du belge Lieven Vanhove, où un homme tente de sauver sa femme d’une fin certaine. Sublimé par un magnifique noir et blanc et un très beau travail sonore, ce court-métrage est un mélange réussi de romantisme, de surréalisme et de fantastique.

"Nimmer" de Lieven Vanhove, 2016

“Nimmer” de Lieven Vanhove, 2016

A suivre …