Les pensées de Sam Moore, Nuit ajourée (part III) – éclairs 3 en 1, 2020

La dernière fois que Sam était allée en discothèque c’était pour accompagner la fille de ses amis M&B. Elles étaient arrivés tôt, E.V.A un trio de girls, un peu perdu, trop ou pas assez jeune. La piste était immense et déserte, un sol usé cependant mais qui n’avait rien d’excitant. La lumière était vive, la boule à facettes tournait dans tous les sens, comme à la recherche de quelques gogos danseu-rs-es naissants. L’ambiance n’était pas encore arrivée. Fermer les yeux pour raviver le souvenir d’une piste trop étroite où la chaleur des corps se diffuse dans le tempo de la musique et vice versa. Un déhanchement qui se propage au niveau du bit, une vague agitée et transpirante sous un halo de fumigène coloré.

J’ai toujours imaginé que le plein m’oppressait mais maintenant que les corps s’éloignent, et que le toucher commence à n’être qu’un lointain souvenir, la sensation du vide grandissant me compresse.

Ses mains se sont encore élargies, si cela continue, elles ne pourront plus couvrir les touches une à une et ilelle ne pourra plus garantir le sens des mots. C’est peut être dans le fond ce dont ilelle rêve le plus.

Ecrire dans une langue qui nous soit complètement étrangère.

Esdcxrdfijkrdfesd dxcaqsnbswx uhjnbesd lkaqsnbgfvuhjesd qswuhjijk mlesd sdxoikijktfg cvoklmlpollmesdtrfesdmlesdnbtrf esdtrfrdfaqsnbgfvesdrdfesd.

Yonex, les volants en nylon s’envoient en l’air. Mlaqs pollkuhjmlesd gvbaqsrdfdxcesd lkaqs bnaqslklkesd esdnb gvbuhjijkswxesd dxcesd swxokluhjswx-mlaqsijknb.

La langue des mains trop large et de la bouche masquée donne forcément quelque chose d’imprononçable, d’intraduisible ; il faut l’écrire pour l’entendre et la voir écrire pour la ressentir. Pour tenter de retrouver le sens, il nous faudra sans doute, taper, tailler, couper franchement dans la masse, sonder la résistance des lettres qui s’accrochent comme une bernique sur son rocher.

Orange comme une pastèque. C’est bien pourtant la couleur auquel on ne pense pas quand on regarde où que l’on parle d’une pastèque. L’orange est probablement la couleur du dessous, de la couche d’en dessous, celle qui est dissimulé par le vert, celle qui peut ressurgir sur le vert, où plutôt comme par soustraction, l’orange est ce que le vert n’a pas pris. Un petit filin orange qui s’échappe, une petite ligne, un motif, un dessein, une trace comme guidée par un insecte parcourant toute la surface du fruit jusqu’à sa maturité. Sam se demandait si l’orange n’était pas passé au vert sans qu’il s’en aperçoive réellement, comme si la durée n’avait pas eu lieu ou bien comme préoccupé autrement. Le grossissement avait pris le dessus qu’on en aurait oublié la couleur ! Si on la coupe en deux, même le orange n’apparait pas, le rouge est franc tout autant que ses pépins sont noirs ou parfois blancs. La chair est croquante et sucrée. La pulpe est rouge profonde presque d’un seul tenant, seuls les pépins qui s’alignent par le milieu rompent la pulpe.

Tfgesdnbijkrdf dxcaqsnbswx swxesdswx mlaqsijknbswx lkaqs plmuhjlkplmesd oklrdfaqsnbgvbesd esdtfg rdfesdvcesdrdf lkesd swxesdnbswx dxcesdswx mlokltfgswx.

En fermant les yeux la pulpe se réouvre, orange. Mi orange mi pastèque, parfois la sphère se zèbre.

Les pensées de Sam Moore, Extraits de Nuit ajourée (part III) – éclairs 3 en 1, 2020
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