LES ONDULATIONS DE SAM MOORE, PART II, DES MOUVANCES AUX ONDINES…

Quelques suites des mouvances de Sam Moore, aux abords de la Chapelle du Genêteil… inspirées de l’exposition de Pierre Besson :  D’objets noirs et de choses carrées

Pierre Besson, D'objets noirs et de choses carrées, 2014. Vue de l'exposition La Chapelle du Genêteil. © Pierre Besson

Une chapelle aménagée, à première vue il me semble être tombée au milieu d’un décor de film SF. Je ne sais plus très bien comment je suis arrivée là, de mon gilet aux cœurs blancs, un volume bleu ciel sous le bras
mon regard était perdu dans le lointain, la prairie était à la fois verdoyante avec une brume montante
je me souviens, la brume sur la prairie s’est petit à petit épaissie,
le bêlement des moutons au loin me faisait penser que je n’avais pas bougé
je me souviens de l’orange fumée sur le poêle, je me souviens d’avoir levé la tête sentant comme une lourdeur sur le dessus accompagnée d’un bruit aigu de cloche
je me souviens de la brise qui apportait l’odeur du caoutchouc chauffé à bloc,
les freins poussés sur l’asphalte encore frais
je me souviens des balayages, blondes chevelles au vent,
la fenêtre du devant faisait office d’un écran.

Maintenant, ici, now, les parois autour sont faites de petits tubes transparents agglutinés les uns à côté des autres. La vue se décompose en flou persistant. Quelques rayons lumineux bleu-vert se calent entre les parois, des vibrations sourdes secouent la maison noire.
La console se déplace sur le bitume d’environ un quart d’heure créant une réelle distorsion de l’espace,
une bouche d’aération béante, je me ressaisis en une profonde inspiration
le temps s’est écoulé plus vite que je ne l’ai ressenti. La console a entamé ses vibrations, comme si on lui avait ôté ses touches sous la lune glacée. En soubresaut,
s’y substituait un son à large tessiture presque envoûtant.
Les vapeurs sortaient de la blanchisserie en un nuage bleui s’apparentant à la courbe sinusoïdale résidant sur mon écran.
Je résistais aux formes émergentes telles un piano à queue, une cheminée ou encore une queue de billard.
Il ne manquerait pas grand chose pour que le décor passe de SF à SM, mais les caoutchoucs sont bel et bien collés aux parois. J’ai eu beau essayer de frotter pensant qu’un lacet pourrait s’en détacher, ravivant les chairs.
Rien, nada, de la gomme. Eraser. Une présence qui s’efface, disparait au fond de l’écran, la boite vidée et le surplus qui s’évapore dans les trous d’aération.
Le cocon de la sinueuse apparaissait enfin entre tous,
suspendu dans la brume du grand verre.

Tandis que la ventilation du jour et de ma hotte persistent dans les silences du quotidien. Les croûtes grises du haut des murs apparaissent, la chaleur les met petit à petit à l’épreuve. Tout compte fait, la lune n’est pas si glacée. L’odeur du café monte, clignotements, le téléphone sonne. Sa sonnerie est rugueuse. On demande la présence de Sam Moore. Dans le clapotis du panneau lumineux agité par le vent, n’indiquant rien d’autre qu’une lumière orangée, se dresse une silhouette noire. Son buste est raide et les jambes plus fluides semblent glisser entre les formes. Une silhouette chaussée d’ampoules Led version cold blue light. Talons de métal claquent sur le sol devenu presque souple soudainement. En dalles de caoutchouc, les claquettes s’assourdissent dans leurs articulations. Le buste s’assouplit devant les plans inclinés qui pratiquent leurs extrusions. Les volumes se prolongent, les maisons noires s’érigent petit à petit; le corps se plie à leurs ascensions. La silhouette aux leds continue son excursion entre ses formes devenues grandes, bien trop grande semble t-il.
Les pas s’agitent, dans le déhanché, claquements fluides. Elle s’arrête, se tourne, se retourne, 3 pas en arrière claquent, 3 pas sur le côté claquent. La silhouette se faufile en poursuivant ses pas de danse. L’éclairage devient plus précis, en cercle concentrique sur le bas des maisons devenues à présent des immeubles. Un éclairage par le sol, comme pour activer une ligne de flottaison. D’ailleurs, c’est à ce point précis, entre le linoléum et la ligne de flotte que le scooter des mers est venu s’échouer. La brise s’est levée et Jeen s’est relevée le scooter à ses pieds. On l’appelait Jeen Iceberg, et ne traînait que dans les endroits inoccupés. Mais ce jour là, elle ne savait pas que Led man serait lui aussi dans les parages. 

Led man s’est mis alors à fredonner,

on m’a troué sur le tas
une douleur lancinante et
de mes jambes dansantes
j’ai jeté le mauvais pas
clapppp clappp clappp clapppp
hummmhummmmmhummm hummmmm

et j’ai trouvé l’état
pas mal, cet insolent
reflet qui te chante
et son talon claqua
hummmhummmmmhummm hummmmm

Et je me retrouve à passer le balai entre les formes noires. Je venais juste de repérer comme une petite trappe sur le bas de la console.
Tandis que le champ d’à côté a ses roseaux éventrés.
L’espace ici se retrouvait alors envahi de fibres, particules blanches et cotonneuses. Je ne pouvais qu’éternuer dans ce foisonnement de graminées.
Il était difficile de savoir où nous étions, les formes avaient disparu sous une couche velouteuse. Une vague nébuleuse teintée de rose apparaissait petit à petit, des flocons s’éparpillaient, recouvrant les formes. Je pensais aux boudoirs de Reims, les cochenilles teintaient, provoquant des perturbations dans les ventilations, le son se délitait.
Le diamant porté sur le sillon, chassé vers le centre, puis à nouveau se replaçant à son commencement, puis chassé, replacé …
et je sentais comme une agitation au sol comme si toute une vie s’organisait sur le plateau gris.
La petite trappe en bas à droite s’était entr’ouverte. Une colonie d’hommes en vert et jaune était alors sortie. Les uns munis de balais, d’autres d’aspirateurs et souffleurs et d’autres encore munis d’engins et boîtiers de nettoyage. Vacuums en marche.

In appendix, le boîtier noir sur le bureau se voit confié une série de chiffres verts qui s’agitent au fil des minutes. Hors champ à nouveau, les mots du dessus défilent et expriment la théorie de la relativité. 2 grandes bouches, mi aération mi enceinte, envoient l’air chaud avec un sifflement en continu tel un appareil en veille.

La nuit tombe, le clignotement des machines retentit de plus belle, les opercules se referment entrainant avec eux, les diverses colonies. Led man reprend ses pas dans les particules ligneuses effilochées. Sous le filet flux de l’opium, Jeen tentera la reprise de ses pas.

De toute évidence, nous étions toujours à la Chapelle du Geneteil ; Jeen n’en était pas à son premier coup de cascade. Le scooter à ses pieds avait refusé de se relever, dans ce paysage asséché. C’est alors qu’elle fit appel à l’hélico du coin, celui par qui tout peut arriver, y compris les réserves de caoutchouc.
Le point de vue s’était alors déplacé, la voûte, le toit, la coque  s’était ouvert peu à peu laissant place à un ciel ouvert. Une vue d’avion s’était dépeinte. Les volumes s’étaient clairement dessinés, comme découpés au sol, compartimentés. On sentait que la circulation se faisait orienterpar l’aile droite. On pense aux entrées des grands magasins, quincailleries et autres, ou la droite se fait passage obligé, la circulation se poursuivant vers la gauche, du futile au nécessaire contourné. Tandis que je m’attardais sur cette vue d’avion, je n’avais pas remarqué dans le même temps, qu’une cloque était apparue dans le 2ème caisson. La cloque dans son étirement avait réveillé l’un des faisceaux lumineux de l’unité centrale.

Le caisson lumineux 1 dans lequel était apparu en premier lieu la nébuleuse voie lactée s’est alors de nouveau manifesté. Un son très aigu a retenti, bref.
L’amorce d’une alarme, interrompue. Dans le silence qui a suivi, une petite estrade s’est glissée au premier plan comme si un interlocuteur allait y prendre place. Dans le reflet des vitres miroitaient les pieds de micro en attente.

Il songeait, par la fente du toit un hévéa aurait pu s’implanter.

Sam Moore a repris son positionnement de terrain, face au guichet, en attente des nouvelles instructions, prêt à déployer les plans. Maintenant, qu’il avait à portée de main, un élément essentiel à la survie des hévéas il n’allait pas le laisser partir comme ça. Il ressentait fortement l’effraction, et maintenait fermement son bras sur le bouton de S’émerveiller sans toucher.

L’ouverture du toit était presque terminée, l’opération devenait de plus en plus délicate.  2 hommes en gris sont entrés par la nef centrale, portant des casques jaunes VISITEURS sous le bras. Ils se sont avancés sur le plateau, l’un deux a glissé son doigt sur le caisson 2 pour faire disparaitre la cloque. Tandis que l’autre a glissé sa main dans la poche intérieure gauche de son plastron et en a sorti un flacon de voilette. Il a commencé a en diffuser largement dans l’espace et de plus en plus rapidement comme par précipitation du temps. Petit à petit une odeur de musc blanc citronné s’est répandu dans l’air. L’atmosphère devenait de plus en plus lourde, presque soporifique.
Par le jeu des réflexions, à présent on voyait nettement Led man se faufilait entre les parois de verre. Le son de ses claquements était presque inaudible, totalement assourdi par la quantité de caoutchouc qui s’était déversée peu à peu dans l’entre bâillement de la coque. Le filet noir se profilait en flux continu, Jeen avait bel et bien réussi à ranimer les formes. Des ramifications se faisaient, et commençaient à encercler chacun des éléments. Le plateau commençait lui aussi à se mouvoir.

Il était temps que le scanographe apparaisse et commence son examen. La localisation aussi précise avait-elle été, avait aussi étéendommagée par le foisonnement des graminées et par l’eau de voilette qui avait clairement détourné l’étendue des lésions. Cependant, le produit de contraste avait été si bien injecté que le faisceau central n’avait lui en l’occurrence pas été atteint.
Blottie en boule sur le câble central devenu à présent bien rigide, la gueuse attendait. Les volumes noirs avaient stoppé leurs extrusions. Le temps de l’apnée no-limit allait semble-t-il prendre fin. La remontée de l’ensemble se poursuivait, lentement. Alors que l’ensemble s’apprêtait à plonger dans le bleu du ciel ; une manifestation d’individus s’était introduite au coeur de la nef et dans les champs environnants. Des voix s’organisaient,
Open House. Open House. Open House.
Clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap clap
Led man était réapparu, le visage illuminé,
and I think I got a job today they want me to draw shoes …
puis, descendant le long du câble…
Clap clap clap clap
Alors que les dernières particules s’auto-limaient pour se libérer des derniers liens qui les retenaient à la voûte. Led man s’adressait alors à Jeen,
Il n’y a pas d’étoiles dans le ciel, elles sont toutes au sol.
So I leave my deep blue day
For you
Clap clap clap clap Clap clap clap clap Clap clap clap clap Clap clap clap clap clap…

Anabelle Hulaut, février 2014.

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Les ondulances de Sam Moore
le 17 janvier 2014, La Chapelle du Geneteil.
Signature et chuchotage d’AH pour le 100 051 ème anniversaire de l’art.
Poursuite de Diva Mobiles
(venant de w avec traversée PG/AH)
Ecritures et chuchotages :AH
Sifflements : David Michael Clarke
http://anabellehulaut.net/ressources/les-ondulations-de-SAM-MOORE.m4a

Pierre Besson, D'objets noirs et de choses carrées, 2014. Vue de l'exposition La Chapelle du Genêteil. © Pierre Besson

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PIERRE BESSON
D’objets noirs et de choses carrées
jusqu’au 23 mars 2014
La Chapelle du Genêteil
EXPOSITION ouverte du mercredi au dimanche de 14h à 19h.
Entrée libre

Le Carré, scène nationale
4 bis rue Horeau – BP 10357
53203 CHÂTEAU-GONTIER cedex
Billetterie : 02 43 09 21 52
Télécopie : 02 43 09 21 51
www.le-carre.org

Pierre Besson, D'objets noirs et de choses carrées, 2014. Vue de l'exposition La Chapelle du Genêteil. © Pierre Besson