Dorian Gaudin au Palais de Tokyo Paris

Pour sa première exposition personnelle dans une institution, l’artiste franco-américain Dorian Gaudin, né à Paris et travaillant à New York, présente dans la galerie du capricorne du Palais de Tokyo « Rites and aftermath », une orchestration monumentale. Une grande table en acier coupée en deux, les pieds sur des cylindres qui coulissent, est recouverte d’une tôle ressort multicolore et occupe tout l’espace. Les va-et-vient des deux parties provoquent des mouvements et contraignent la matière. La tôle se déploie doucement, se tend, puis se dresse, se courbe, et quand elle n’a plus d’espace pour continuer à se replier sur elle même, s’écrase contre le mur vaincue, violente et inerte à la fois. Des chaises l’entourent et lui répondent. Connectées par des tubes à un grand compresseur, elles s’animent sous l’effet de l’air comprimé, sursautent, volent dans les airs, se déplacent. Le climax, atteint de manière aléatoire, presque magique, veut que toutes les chaises rebondissent de manière synchronisée, tel un bruyant ballet.

Fils de chorégraphe, nourri par la danse, Dorian Gaudin donne vie aux matériaux. Il est l’initiateur de la chorégraphie. Les objets bougent de façon autonome, aléatoire. Ils écrivent leur propre histoire. Dorian ne triche pas, du spectacle qui nous est joué il nous donne à voir la scène et les coulisses à la fois, rouages, bequilles, contrepoids, structures dévoilent toute l’ingénierie mise en œuvre pour créer l’animation. Ludique, il joue avec le tempérament des objets. On observe son humour et sa tendresse pour ces volumes maladroits qui tentent de se mouvoir, peut être d’atteindre leur public, mais qui immanquablement ratent leur but, se déchainant dans un espace souvent réduit, créant de temps à autre l’effroi des témoins. Le son a une grande importance dans la performance, dans cette tentative vaine des engins vers le spectateur : les grincements, les souffles, les coups sont autant d’indices de la difficulté qu’ils ont à sortir d’eux même, à devenir vivants.

Cet ensemble gigantesque et lourd, entre envols et écrasements, nous évoque l’Albatros de Baudelaire,

Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher 

entouré de chaises dansantes, légères, facétieuses et nerveuses en contrepoint.
Une pièce nouvelle se joue à chaque instant. Allégorie du poète, de la vie, à chacun d’y voir ce qu’il veut…

Bettina Armandi-Maillard
www.bettinabam.com

Dorian-Gaudin-PDTP

Informations :
Dorian Gaudin
Rites and Aftermath
Exposition jusqu’au 08 mai 2017
www.palaisdetokyo.com/fr
Commissaire : Julien Fronsacq
Un livre monographique édité par le Palais de Tokyo accompagne cette exposition.

doriangaudin.com

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