Twin Peaks: The Return

La saison 3 de Twin Peaks était tellement attendue. Depuis 25 ans, les nombreux fans rêvaient d’une improbable suite à cette chose cinématographico-feuilletonesque venue de nulle part. Nous avions laissé Dale Cooper et Audrey Horn dans de vilains draps. Un quart de siècle plus tard, les protagonistes ont tout simplement vieilli et continuent de vivre dans la vraie fausse petite ville de Twin Peaks, personnage principal des saisons 1 et 2. La révolution dans le troisième volet fut d’exploser ce cadre géographique déterminé par la démultiplication des lieux de tournage aux quatre coins des USA. Ce phénomène rappelle celui opéré par les sœurs Wachowski dans la non moins grandiose série produite par Netflix Sense 8. Un des autres traits marquants de The Return, est d’avoir offert à Kyle MacLachlan – acteur de Blue Velvet (1986), Sex and the City (1998), Desperaste Houseswises (2004), entre autres – un rôle digne de celui donné par Stanley Kubrick à Peter Sellers, dans Strange Love / Dr. Folamour (1964).

Dale alias Kyle ©DR

Dale alias Kyle ©DR

Si dans les deux premières saisons, la maison individuelle, en lotissement, avec le gazon bien verdoyant devant l’entrée typique, avec son pseudo fronton, et son bardage bois de la cave au grenier, représentait une espèce de suite au monde étrange caché dernier la carte postale de l’American Dream de Blue Velvet. David Lynch a eu le temps de parcourir le monde, notamment le monde de l’art, et de visionner toutes les séries depuis le début des années 1990. Il a pu apprécier à quel point il avait ouvert la boîte de Pandore des séries. Fort de ce constat, il ne s’en laisse pas compter et règle son compte à celle qui aura tenté d’approcher la vie soap et strange de Twin Peaks : Desperaste Houseswises. Mais par l’éclatement et la dilatation du temps, Lynch & Frost renvoient cette série trop narrative à ses cahiers scolaires et à ses writers room.Non seulement, le duo d’auteurs anéantisse toute idée de scénario, mais en plus il détruit toute idée de présent. Et ce phénomène passe par le recours dans plusieurs épisodes, de scènes tournées dans des lotissements à l’américaine.

Dale in BlackLodge ©DR

Dale in BlackLodge ©DR

En face, la Black Lodge – maison cerveau de la série – campe telle une magnifique installation artistique. Elle joue facilement le rôle de prototype d’habitation pour nos futurs esprits émancipés de nos carnes devenues poupées de cire, poudres ou solides artificiels. Nous tenons certainement le fil conducteur de cette nouvelle saga totalement anti narration, anti chronologique et anti série. Lynch est un cinéaste-artiste et il le fait savoir. Véritable architecte d’une nouvelle ère de la série ou grand fossoyeur de celle-ci, il valide son statut d’artiste total et démontre la double force de l’image. A la fois construction mentale et dimension magique, l’image oscille entre description du rêve et enregistrement du monde physique. N’oublions pas que l’anagramme du mot image peut être magie ! L’art doit régner sur le monde pour son salut.

Glass Box in Twin Peaks ©DR

Glass Box in Twin Peaks ©DR

Dès les deux premiers épisodes, Lynch nous le démontre avec de longs plans sur une boîte en verre de la taille d’une sculpture. Telle une installation du pionner de l’art vidéo Peter Campus, elle s’affirme comme la manifestation d’une œuvre conceptuelle du cinéaste. Ce dernier semble nous dire : « C’est bon les gars, je maîtrise le sujet. Mais bon je préfère donner à l’art conceptuel une dimension magique… technomagique. »

L'arbre cerveau de Twin Peaks ©DR

L’arbre cerveau de Twin Peaks ©DR

Pour preuve, un autre clin d’œil, celui-ci à l’Arte Povera, l’arbre dans la Black Lodge. Cet arbre sans feuille avec en son sommet une boule de chair parlante aurait pu être conçu par un Giuseppe Penone. D’autres exemples comme celui-là ponctuent les autres épisodes de l’expérience filmique au doux nom de The Return.

Ils nous font dire que le boss, c’est bien David Lynch !

Une réflexion. Serait-il envisageable d’imaginer un concours d’architecture avec comme programme Twin Peaks ?

American Dream ©DR

American Dream ©DR

Christophe Le Gac

Twin Peaks: The Return
Mark Frost & David Lynch, 2017, USA, Showtime / Canal+
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